Interview de Dani Boissé Tsilla's univers

Dani Boissé est une écrivain franco-américaine, qui habite la Catalogne, sa terre d'adoption. Elle a notamment écrit une série de romans policiers catalans publiés par les éditions Les Presses Littéraires parmi lesquels Les sorciers d'Opoul, ainsi que des romans de terroirs comme L'Auberge du martin-pêcheur. Elle a également rédigé un recueil de nouvelles à chutes intitulé Chutes libres. Rencontre avec cette auteure dont le style prenant a su séduire et fidéliser son public.

A quel âge avez-vous ressenti le besoin d’écrire ? 
A 15 ans avec des premières nouvelles. Un professeur dans mon lycée aux Etats-Unis m’avait beaucoup encouragé. Je lui en serais toujours très reconnaissante ! J’ai repris certaines de ces mêmes nouvelles et elles figurent, traduites et retravaillées dans mon nouveau recueil « Chutes Libres ».

Quels ont été vos 1ères sources d’inspiration ? 
Les romans policiers d’Agatha Christie, les nouvelles de Mark Twain (le père de Tom Sawyer et d’Huckelberry Finn), les nouvelles à chutes de l’Américain O. Henry. C’était ma lecture à cette époque-là. En cours de français, nous avions étudié les nouvelles de Guy de Maupassant et j’avais été impressionnée par la chute dans celle intitulée « La Parure ». J’aspirais moi aussi, à 16-17 ans à écrire comme cela !

Comment conciliez-vous votre passion et votre vie de femme ? 
Comme je peux ! ce n’est pas facile, il manque toujours du temps ! En plus de l’écriture, il faut ajouter la promotion des livres (séances de dédicaces et salons du livre). Je travaille également avec des établissements scolaires, avec lesquels j’organise des ateliers d’écriture. Dans quelques jours je vais commencer un travail dans un lycée de Perpignan. Les élèves et moi allons décortiquer mes nouvelles pour comprendre leur construction et, ensuite, par groupe de trois, les élèves devront, eux aussi, écrire une nouvelle à chute. Je suis également invitée à donner des cours ou des mini-conférences sur mes œuvres en anglais, en français ou en espagnol. Tout ceci concerne mon travail, mais il ne faut pas oublier mon mari, ma famille, mes autres obligations. Pendant ce temps-là, mon prochain roman est en attente !

Selon vous, quelle est l’image de la femme en ce 21ème siècle ?
En France, elle est libre, engagée mais reste féminine. Elle doit malheureusement continuer à se battre pour accéder à des postes de responsabilité. Pendant 1968 et les années qui ont suivis, j’avais beaucoup milité, à l’université et ailleurs, pour les droits de la femme. Le MLF était assez puissant et nous pensions avancer à grands pas. Je me rends compte en 2012 que nous allons parfois à reculons. Un candidat Mormon qui se présente à la Présidence aux Etats-Unis aimerait interdire à nouveau l’avortement. Autres droits de la femme acquis il y a longtemps seraient également bafoués.

Interview de Dani Boissé Tsilla's univers

Partagez-vous avec vos proches ce que vous écrivez ? 
Oui, avec mon compagnon et avec certaines très bonnes amies. Mon fil et ma petite fille de 17 ans lisent mes ouvrages seulement une fois terminés. Ai-je peur de leurs critiques ?

Comment définiriez-vous votre style et s’est-il transformé au fil du temps ? 
J’ose espérer que mon style s’est amélioré peu à peu. Ce fut peut-être une erreur d’écrire et de publier en français qui est, après tout, seulement ma deuxième langue. Notre langue maternelle reste toujours très présente. Mes lectrices-correctrices me disent qu’elles trouvent des anglicismes dans mes manuscrits, également des fautes d’orthographes !

Quels sont les éléments de vie qui ont induit vos choix littéraires ?
Mes études aux Etats-Unis, ma jeunesse comme artiste peintre, mes voyages… A une époque, je lisais tout ce que je pouvais trouver sur le sculpteur Camille Claudel et le peintre Marie Laurencin. A une autre époque, quand je voyageais souvent entre les Etats-Unis, le Canada et l’Europe, je dévorais des récits de voyages, contemporain ou ancien. Alexandra David-Neel au Tibet, Washington Irving en Espagne, Robert Louis Stevenson en France. Quand j’ai connu mon compagnon Andalou, j’ai voulu lire Isabel Allende et Antonio Munoz Molina, entre autres, en Espagnol.

Quels sont actuellement vos sources d’inspiration ? 
Mes nombreuses lectures (je lis un livre par semaine), les gens, les amis et leurs histoires, le ciné… c’est parfois inattendu. L’autre jour, je prenais un café en terrasse et une femme s’est assise non loin de moi. Je pensais justement à mon prochain roman policier, où il sera question de médiums, astrologues  et cartomanciennes. Je regardais cette femme qui lisait et notait des choses dans un petit carnet (peut-être seulement des notes pour une réunion de travail !). Moi, j’ai imaginé « ma » médium qui se documentait pour écrire un faux horoscope pour une cliente crédule. Pour moi, elle avait exactement l’allure de mon personnage ! J’ai à mon tout sortit un petit carnet et je l’ai décrit… ses vêtements, son maquillage et sa coiffure, son grand cabas etc. Pauvre femme ! Si elle avait su qu’elle était mon inspiration pour une fausse médium qui finirait derrière les barreaux !

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’élaboration de vos ouvrages ?
Principalement le manque de temps, mais aussi dans la recherche (parfois ça bloque). Il me faut aller rencontrer des gens, des spécialistes qui n’ont pas toujours la possibilité de m’accorder un moment. Un jour je devais décrire une autopsie pour un de mes romans policiers. J’ai dû attendre 15 jours pour que le médecin légiste puisse m’accorder un quart d’heure !

Quelle lectrice êtes-vous ? 
Une « droguée »… c’est un besoin ! Les livres s’entassent chez moi. J’essaye de les regrouper par thème… difficile. Au prix actuel des livres, j’ai souvent recours aux vides greniers ou aux magasins d’occasions, pour acheter des livres moins chers. Je suis une lectrice exigeante et pressée. Si le livre n’a pas réussi à m’accrocher au bout de 50 pages, je le « sacrifie » !

Interview de Dani Boissé Tsilla's universQuels sont vos projets littéraires ? 
Écrire encore un polar, mais aussi un autre « terroir », peut-être un scénario ! Je ne souhaite pas être connue seulement comme auteur de « polars catalans » !

Quels sont les acteurs que vous choisiriez pour interpréter vos personnages ?
Catherine Frot, Nathalie Baye, Audrey Tautou… Cela serait plus difficile de choisir des hommes. Je n’aime pas l’acteur qui a été choisi pour jouer le Commissaire Adamsberg, héros de Fred Vargas. Je n’aime pas le nouveau James Bond. J’aime assez le « Robert Langdon » choisi pour le roman de Dan Brown, le Da Vinci Code. J’imagine ces personnages. Je les « Vois ». Je pense qu’Audrey Tautou pourrait être ma Lieutenant Dominique d’Astié.


Quel est votre livre de chevet ?

Le nouveau de Donna Leon, d’Elizabeth George ou de John Grisham. Quand un auteur et sa série vous accroche, on a envie de les suivre jusqu’au bout ! Pour l’instant, il y a également C.L.Grace qui attend son tour, avec « Meurtres dans le Sanctuaire ».

Dans l’histoire de l’humanité quels sont les personnages qui vous ont marqués ?  
Les femmes qui se battaient pour exister dans un monde dominé par les hommes… dans la médecine, l’enseignement, la peinture, dans tellement de domaines ! Indira Gandhi, Aung San Suu Kyi, Simone de Beauvoir, Dolorès Ibarruri (La Pasionaria)… il y en a tellement !

Quels artistes vous touchent le plus ?
Les peintres, surtout celles qui n’arrivent pas à vivre de leur art. Beaucoup de femmes sont mères de famille au foyer. Elles sont heureuses et comblées et je les respecte, mais beaucoup d’autres ont choisi la vie de bohême pour s’épanouir et elles galèrent ! J’en ai fait parti à une époque. Vivre de son art (ou de sa plume !) est quasi impossible, à moins d’avoir un très grand talent et beaucoup de chance.

Quel est votre plat catalan préféré ? 
La bullinada de peix. Il y a six ans, j’ai écrit un livre de cuisine catalane avec Eliane Comelade. Aujourd’hui, il est épuise. Il s’intitulait : « L’Artichaut, Or Vert du Roussillon ». J’avais écrit le texte et l’avais illustré à l’aquarelle. Quelques recettes étaient les miennes, mais c’est surtout Eliane et les Toques Blanches du Roussillon qui avaient créé plus de 50 recettes pour l’artichaut !

Quel est votre restaurant préféré ?
L’Auberge du Cellier à Montner (chef  Pierre-Louis Marin). Pierre-Louis est justement une grande toque blanche du Roussillon que j’ai apprit à connaître lors de l’écriture de ce livre de cuisine catalane.

Son site : http://dani.moncontact.com/forum

La soirée de présentation de son livre Les Sociers d'Opoul : ici