Critique Trois gouttes de sang grenat Tsilla's univers tsilla66

Présentation du Livre

Résumé : Auguste Laborde hérite de la boutique de joaillerie de son père mort prématurément. Marié contre son gré par sa mère à une femme qui l’indiffère, il se réfugie dans son unique passion, l’orfèvrerie, et en particulier le travail du grenat, spécialité de la ville de Perpignan. Sa vie prend un tour inattendu quand il découvre qu’une porte séparant son atelier de l’immeuble voisin donne sur les salons d’une maison close. Par une fente entre les lattes de bois, il dispose d’un point de vue imprenable sur l’activité de l’établissement… Jusqu’au jour où il assiste, impuissant, au meurtre d’une pensionnaire. L’enquête de la police restant au point mort, Auguste décide de partir lui-même à la recherche de l’assassin. Il n’a pu voir son visage, seulement ses mains et ses poignets. D’indice en indice, ses investigations l’entraînent dans les cercles les plus huppés de la capitale roussillonnaise…

Editions : Calmann-Levy

Parution : octobre 2016

Critique :

Le probleme de cette chronique, c'est que je ne peux rien vous devoiler. Voilà la raison pour laquelle jai tardé à l'écrire. Comment vous convaincre de lire ce petit bijou en vous disant l'essentiel sans trop en dire ? Je vais tenter cet exercice perilleux.

Dores et déjà je vous lannonce : Fifty Shade of Grey -référence actuelle du livre de fesses auquel est souvent comparé celui d'Hélène Legrais- peut aller se rhabiller ! Trois gouttes de sang grenat est un thriller psychologique déroutant où se mêlent sensualité, érotisme et meurtres. L'aspect voyeuriste des scènes érotiques est très intéressant, non seulement pour l'intrigue, mais aussi pour enrichir les descriptions. En effet, la différence entre le porno pur et dur -si vous me permettez cette boutade- et l'érotisme se trouve dans la capacité d'un auteur à suggérer plus qu'à montrer.  La suggestion est un Art dans lequel Hélène Legrais s'illustre particulièrement : la psychologie étayée des personnages principaux n'en ressort que mieux. Le tout est bercé par une écriture tout en nuances. L'on pourrait par exemple s'attendre à ce que notre héros, Auguste Laborde, orfèvre introverti, s'adonne avec passion à contempler les filles de joie. Il n'en n'est rien, au début du moins, car le jeune homme ayant été confronté à un traumatisme sévère, se montre nullement intéressé. Hélène Legrais évoque beaucoup de délicatesse un sujet tabou qui concerne les hommes et leur virilité. Elle nous rappelle que les Hommes, comme les Femmes, qui ne sont pas conformes aux attentes de la Société, sont confrontés au regard glaçant et pesant de ces personnes qui savent mieux que vous-mêmes ce que vous devez être et qui vous devez être. Elle dénonce avec brio les abus dont les Hommes et les Femmes de cette époque étaient victimes, et qui, malheureusement, persistent toujours aujourd'hui. Mieux, Hélène Legrais a osé aborder les rapports ambigus que pouvaient entretenir certains praticants d'une religion à leur propre sexualité, en ces temps reculés où internet n'existait pas encore.

En plus d'aborder des questions sociétales fondamentales, elle a construit ses personnages avec une grande précision. J'ai été particulièrement touchée par le personnage de Valentine. Selon moi, c'est le meilleur de ce roman. J'aurais d'ailleurs bien aimé savoir ce qu'il adviendrait d'elle.

Toutefois, je n'ai cette fois-ci que peu apprécié la fin. J'avais en effet déjà compris qui était le tueur, alors que je n'étais pas parvenu à la moitié du récit. J'ai par ailleurs adoré son mode opératoire très astucieux. Malgré le fait que l'effet de surpise n'ait pas pu prendre sur ce point, les dernières lignes m'ont étonnée.

Au cours de chapitre final, un des personnages critique ouvertement la laïcité, en tant que chrétien. Selon lui, la laïcité tue sa religion. Je n'ai pas vraiment apprécié cette tirade sur la laïcité, car je n'accroche plus à ce genre de discours. Pour tout vous dire, mon métier (je suis enseignante) exige de moi que je sois un exemple de ce concept qui se fait régulièrement violer par les différentes interprétations politiques et légales qui en sont faites. Je tiens à souligner que c'est mon rapport intime et personnel avec la laïcité qui est en cause, et non l'écriture de l'auteur. Du coup, je n'aime pas être confrontée malgré moi à ce genre de polémique. D'ailleurs l'auteur elle-même n'adhère pas aux propos de son personnage : au contraire. Ce discours marque l'apothéose de son embrigadement idéologique.

Ceci dit, j'ai bien apprécié que celui-ci soit prononcé par le personnage le plus paradoxal de cette histoire, lequel affirme haut et fort que la laïcité tue sa religion, alors qu'il est lui-même incapable de la pratiquer selon ses principes fondamentaux. J'y vois surtout une critique de ces personnes hypocrites, ces croyants qui emploient leur religion pour justifier tout un tas d'interdictions ou d'obligations qui les arrangent sans prendre la peine de mettre en applications celles qui ne les arrangent guère. Ces personnes voulant à tout prix sauvagarder l'ordre moral établi, afin de ne pas bouleverser leurs habitudes. Le genre d'hypocrites que, finalement, vous croiserez n'importe où : médecins, fonctionnaires, politques, boulanger, etc. Ceux qui veulent que rien ne change, car leur immobilisme est plus confortable que l'éthique. Le livre se conclut de façon inattendu, après ces échanges forts et virulents. A travers ce final, l'auteur critique ouvertement les agissements de ces moralisateurs-trices qui sont prêt-e-s à tout pour réduire la vérité au silence. Un plaidoyer criant de vérité sur le fond, bien que sa forme ne m'ait pas émue davantage pour les raisons très personnelles que je vous ai citées ci-dessus.

En résumé, c'est un excellent livre que je vous conseille.