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Tsilla's Univers

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26 octobre 2016

Le deuil dans Remember me

 

Source: Externe

 

« Gandhi disait que tout ce qu’on fait dans la vie est insignifiant mais qu'il est très important de le faire. Je serais assez d’accord avec sa première phrase. Mickael, tu sais à quel jour je pense. À 22 ans, Gandhi avait 3 enfants, Mozart 30 symphonies et Buddy Holly était mort. Une fois tu as dit : « Nous laissons une part de nous-mêmes sur tout ce que nous touchons ». Est-ce que c’est vrai pour tout le monde ? Ou c’était juste de la Poésie à deux balles ? » Cette citation de Tyler est emblématique du film, mais aussi de ses sujets centraux : le deuil, l’héritage et la mémoire.

Le deuil, d’après Claire Kebers, est la perte d’un être proche, mais aussi l’abandon soudain et brusque d’un désir quel qu’il soit. Nous sommes confrontés au deuil de ce qu’on a eu, de ce qu’on n’a pas et de ce qu’on voudrait avoir. Les grandes étapes sont le déni, la recherche d’un souvenir, et la dépression. Faire un deuil, c’est accepter d’inscrire la perte dans l’histoire de sa vie. C’est aussi comprendre et accepter le bénéfice de ce travail. « Certaines personnes cultivent leur deuil par peur d’oublier, car oublier serait perdre une seconde fois. (…) Il ne s’agit pas d’oublier, il s’agit de ne pas enfermer sa vie dans la mort de l’autre ». L’idée que chacun se fait de la mort, et donc de sa représentation, est différente de sa réalité, et par conséquent, de son vécu. Le deuil peut aussi prendre une dimension universelle. Pour Nadia Veyrié, le deuil international s’inscrit dans un temps social, qui est aujourd’hui, à distinguer du temps psychologique. Un jour de deuil national a, par exemple, été déclaré pour la mort de Mitterand en France. Une journée représente un temps social défini, mais ce n’est pas le même que temps vécu. Pourtant, le deuil psychologique ne saurait être détaché du deuil social. Les rituels ne sont plus religieux, mais appartiennent à l’Etat, et de fait, l’aspect psychologique du deuil est amoindri au profit de son aspect social.

Quant à l’héritage, selon André Malraux, il se caractérise par la présence de la mort dans la vie des vivants. Par exemple, Manet se retrouve dans Picasso. La culture est l’une des formes les plus communes de la succession.

Enfin, la mémoire serait, selon  Pontalis : « des traces, des détails, et non une boîte, bien classée ou en vrac, de plaques photographiques à fixer sur une image de la chose vue. […] rien que du temps reconstruit et jamais une fois pour toutes ». Toutefois, cette mémoire est « défaillante », d’après Nathalie Barberger. Pour, Claire Kebers, le souvenir n’est pas une affaire de mémoire, mais de perception. C’est ce que l’on veut garder du défunt.

Ces thèmes semblent échapper à notre société, qui tels les mauvais souvenirs, les refoule dans l’inconscient collectif. Marc Augé dans La mort et moi et nous, affirme d’ailleurs que : « notre société nous fait croire à un éloignement de la mort ». La médecine a beaucoup progressé. En outre, les rituels sont moins forts, et moins partagés. « Enfin, les liens collectifs se sont distendus pendant que nos modes de vie individualisés à l’extrême rendent encore plus criant le déni collectif de la mort ». Notre société refuse la mort, tandis que d’autres l’avaient intégrée, comme les Grecs.

Comme Epicure le disait alors : « La mort n’est rien pour nous ». Penser la mort permettait de philosopher sur le sens de la vie, et de donner une définition du bonheur à atteindre. Pour les épicuriens, la seule façon d’être heureux est de tendre les vers l’ataraxie : l’absence de tout mal. Le bonheur est, dans cette philosophie, une création individuelle. Les stoïciens, contrairement aux épicuriens, pensent qu’il n’existe aucun ailleurs après la mort. La nature est transcendante et rien n’existe après elle. La mort s’accepte de façon impassible. Le bonheur est, par conséquent, une création collective.

Cependant, dans notre société actuelle : « nous nous pensons seuls face à notre destin individuel », comme le souligne Marc Augé. La mort est plus terrifiante car elle est privée des rites collectifs qui lui donnaient un sens. La mort est une « disparition totale (…) Les marques du deuil se sont effacées, il est tout juste légitime de montrer son chagrin. ». Roland Gori affirme par ailleurs que : « Nadia Veyrié montre que : « dans le monde civilisé, le deuil devient une blessure asociale »

         C’est dans cette perspective que s’inscrit Remember me, qui traite à la fois de deuils individuels et d’un deuil collectif. Remember me relate l’histoire de Tyler, un jeune homme de 21 ans, libraire et auditeur libre à la FAC, qui est en rébellion contre la société. En fait, il n’est pas tant en rébellion contre elle qu’il y est inadapté : sa blessure, son deuil, fait de lui un être à part, asocial. Lors d’une soirée alcoolisée, Tyler a une violente altercation avec un policier, alors que son colocataire Adam et lui, défendaient un inconnu lors d’une bagarre de rue. Son père, un riche avocat qui  semble davantage  se préoccuper de son travail que de ses enfants, le fait sortir de prison. Suite à cette péripétie, Adam croise par hasard la fille du policier, Ally. Il convainc Tyler de la séduire, afin de les venger. Leur premier rendez-vous un succès. Peu après, Ally se dispute avec son père, puis s’enfuit de chez lui. Elle part s’installer chez Tyler et Adam. Rapidement, une idylle sincère naît entre les deux jeunes gens, tandis que le père d’Ally tente désespérément de la retrouver. Plus qu’une attirance réciproque, tous deux ont en commun  un deuil. Mickael, le frère de Tyler s’est suicidé. La mère d’Ally a été assassinée sous ses yeux alors qu’elle n’avait que dix ans. Enfin, Remember me développe l’histoire de la petite sœur de Tyler, Caroline. Celle-ci rencontre des difficultés à l’école. Admise pour un stage dans une prestigieuse école d’Arts à onze ans, elle se laisse martyriser par quelques filles de sa classe. Elle est de surcroît persuadée que son père ne l’aime pas.

         Si le film a engrangé plus de 18 millions de dollars de recettes aux USA, il n'en demeure pas moins fort critiqué. Il a reçu des avis positifs et enthousiastes, et d'autres qui le sont beaucoup moins, comme celui de Marie Sauvion pour Le Parisien : « Malmené par un flic irascible, un étudiant new yorkais décide de se venger du policier en séduisant sa fille et tombe (évidemment) amoureux d'elle. Fade et prévisible, cette romance n'offre qu'un intérêt relatif : aider les fans du beau Robert Pattinson à patienter jusqu'à «Twilight» 3, en juillet ! Loin du rôle de vampire qui en a fait une star, l'Anglais interprète ici un rebelle qui fume, boit de la bière, dit des gros mots et... couche avec une fille. Sa prestation langoureuse, yeux mi-clos et bouche entrouverte, n'entrera pas dans l'histoire. Réservé aux mordues ».

         Ce long-métrage a effectivement souffert de la présence de Robert Pattinson, plus que de sa performance, que des critiques (plus honnêtes) reconnaissent comme tout à fait acceptable. Remember me n’en reste pas un film unique en son genre ; qui traite diverses problématiques inhérentes au deuil avec originalité. Non seulement le film traite de ce thème sur un mode tragico-dramatico-comique, et semble donc impossible à catégoriser, mais en plus, le deuil personnel prend une dimension internationale, voire universelle. Au fil du récit, des indices nous sont laissés sur son contexte, cependant, la fin est à la fois une surprise et un choc. Cet effet est rendu par le renversement des codes du pacte de lecture. Le film nous promet de développer des drames personnels, mais ceux-ci s’ancrent finalement dans l’universalité. Quant à l’esthétique du film, elle s’inscrit dans une perspective réaliste, mais n’en reste pas moins l’héritière de la Littérature et des mythes, ainsi que des Arts Plastiques.

En comparant Remember me à d’autres fictions, je tenterais de démontrer que le deuil est un est un cheminement personnel et collectif, qui inscrit l’histoire personnelle dans l’Histoire.

         Pour cela, nous allons tout d'abord analyser les cheminements des personnages et centrer notre analyse sur les mondes qu'ils parcourent.

I- Des personnages passeurs

Héraclite disait : « l’Homme dans la nuit s’allume pour lui-même une lumière, mort et vivant pourtant. Dormant, il touche au mort, (…) éveillé, il touche au vivant » 12. Les personnages de Remember me ne semblent ni appartenir au monde des vivants, ni à celui des morts. Ils sont hantés par les spectres des disparus (1), et tentent de combler cette absence par l’imaginaire et la fiction (2). Finalement, comme  dans le Tramway de Claude Simon, ils semblent osciller entre deux mondes, deux époques, deux espaces.

1- Des personnages hantés par des spectres

Source: ExterneA travers les différentes histoires des personnages, le film évoque différents types de pertes dont :

- l'ami qui n'est pas là. Pour son anniversaire, Caroline est entourée par  sa mère, son beau-père, Tyler et Ally, ainsi qu’Adam. Au cours du film, Caroline est invitée par l’une de ses camarades à fêter le sien. Elle a un mauvais pressentiment, et ne veut pas y aller. Tyler la convainc. Durant la nuit, les filles lui coupent les cheveux, en prétendant le lendemain que Caroline se les ait coupés toute seule.

- le frère disparu : Tyler et Caroline (mais Tyler en particulier) ont perdu un grand frère. Le frère est celui qui protège, au sens élargi, celui qui est le plus proche. Cette notion engage aussi celle de « fraternité ».

- le parent absent : la mère d'Alyssa, le père de Tyler et Caroline. Cette absence pose le problème de l’héritage et de l’identité psychologique, sociale et culturelle.

- le conjoint : le père d'Ally ne s'est jamais remarié, comme le père de Tyler. À l'inverse, la mère de Tyler a refait sa vie. Le foyer peut donc être un lieu de destruction ou de reconstruction.

- l'enfant qui quitte le foyer (Alyssa et Mickael) avec tout ce que cela engendre : jalousie, inquiétude, angoisse et colère.

Les défunts étaient tous proches des personnages. Cette proximité est temporelle et spatiale, mais surtout affective. L'être disparaît donc de ces trois sphères. De façon générale, la perte d’Autrui, implique sa propre perte. Claude Romano dans « Mourir à Autrui » explique que : « je ne m’appartiens plus entièrement à moi-même puisque le regard de celui dans lequel j’étais unique, irremplaçable, n’existe plus ». Je perds un autrui-proche affectif, mais aussi le temps dans lequel il évolue, qui n’existe plus. Ainsi, je perds totalement mes repères. Accepter la disparition de l’autre, c’est donc accepter de se retrouver perdu et seul. Remember me traite le deuil sur le mode de la solitude. Ce sentiment est un espace illimité dans lequel les personnages prennent conscience de leurs limites. Cependant, la solitude est aussi ce qui rapproche les personnages : « La solitude est un sentiment ressenti par tellement de gens, qu'il serait égoïste de le ressentir tout seul », comme le dit Tyler. Cette douleur intime et personnelle, a pourtant une portée universelle.

Cette solitude engendre une recherche de l'altérité, de la communication avec l'être disparu.  Tant que les personnages tentent de communiquer avec l'être disparu, ils sont hantés par son spectre. Pour Nathalie Barberger : « le fantôme se définit comme un mort mal enterré qui revient, harcèle les vivants ». Finalement, comme l'a écrit Maurice Blanchot  dans L'espace Littéraire : « Ce qui hante est l'inaccessible dont on ne peut se défaire, ce qu'on ne retrouve pas, et qui, à cause de cela, ne se laisse pas éviter » 14. Par exemple, le père d'Ally écoute en boucle le message laissée par sa fille sur son répondeur. Il est tellement obsédé par sa disparition qu'il tente par tous les moyens de la retrouver. L'un de ses collègues l'aperçoit avec Tyler et Adam et l'en informe. Le père s'introduit alors discrètement chez eux, et frappe Tyler à plusieurs reprise. Cette réaction est violente, car le père est dans le déni de la disparition. Il reste donc perpétuellement hanté. La fiction est devient dès lors une « spectographie. » 15.

Ce personnage, comme Philippe Forest, comme Claude Simon, porte ses deuils avec lui. D'ailleurs, il les renvoie directement à la face de Tyler. Il n'est jamais tout à fait mort, jamais tout à fait vivant. Il semble passer d'un espace à l'autre et d'un temps à l'autre.

2- Combler la disparition par l'imaginaire et la fiction

Pour outrepasser l'absence et surmonter leur solitude, les personnages deviennent des passeurs entre deux mondes. Chacun comble le vide par un support de fiction, que ce soit par les mots ou les images :

a- Les mots

Les mots permettent d'exprimer la disparition, mais aussi, de l'inscrire.

Ainsi, Adam se fait-il tatouer le prénom de Tyler, après sa mort.

Le père d'Alyssa réécoute sa voix sur le répondeur, pour avoir une présence. Il prend aussi des anti-dépresseurs.

Enfin, Tyler s'est fait tatouer le prénom de Mickael sur son torse. Tyler est un personnage lié à la Littérature. Il est un grand lecteur et l'écrivain du film. En effet, il écrit à son frère, dans un café où ils allaient régulièrement. Il comble l'absence par les mots.  Comme le souligne Nathalie Barberger : « L'écriture s'avoue d'emblée comme la compensation d'un manque ». Il cherche un échos avec un mort, car il est aussi isolé que s'il séjournait sur une île insulaire.

Comme Bobin et Romand qui dialoguent avec l'être disparu, Tyler écrit à son frère, comme s’ils discutaient ensemble. Il dit d’ailleurs à Ally « J’avais envie de parler de toi à quelqu’un » après leur première nuit. Cependant, qui répondra à Tyler étant donné qu'il dialogue avec les limbes de sa conscience ? Tyler, un peu comme Rousseau dans Les rêveries du promeneur solitaires est « un embaumeur des choses mortes ».

b- Les images

Les images permettent de fixer les éléments, les figer.

Le père de Tyler a des photos de ses enfants sur son ordinateur. Les enfants sont souriants et semblent heureux, tandis que dans la réalité, Tyler et Caroline sont en dépression.

Quant à Caroline, elle dessine. Elle est souvent « dans la lune », et c'est la raison pour laquelle les filles de sa classe se moquent d'elle. Caroline n'est ni dans la réalité, ni dans la fiction. Elle vogue entre les deux espaces. Ses dessins sont un moyen d'esquiver et d'évoquer la réalité, comme Claude Simon. Pour George Simmel dans « Métaphysique de la mort » : la mort exerce sur nous une obligation de s’adapter et de se détourner. Elle a, par exemple, dessiné pour l'exposition qui clôt son stage, un portrait de Tyler et un portrait de son père. La fiction représente le désir de Caroline. Nadia Veyrié note d'ailleurs que : « La société, inadaptée face au deuil des êtres singuliers, transmet cette inadaptation, d’où une double inadaptation et une absence totale de absence de protection et de frontière ».

Tous ces supports de fiction, qui visent à colmater une brèche laissée par la disparition, sont révélateurs non seulement de la solitude, mais surtout de l'impuissance que ressentent les personnage. Claire Kebers affirme d'ailleurs que : « Le sentiment d’impuissance est souvent vécu sur le mode de la dévalorisation ou de la culpabilisation. Il est révélateur de nos limites ».

3- Des personnages voyageurs

Source: ExterneLe deuil est donc, dans cette fiction, un voyage entre différents espaces, entre différents temps, entre différents mondes : le visible et l'invisible, le passé et le présent, le jour et la nuit, le monde des morts et le monde des vivants.

         Dans l'Odyssée, lorsque Ulysse débarque sur l'île de Calypso, la nuit est déjà tombée. Cet épisode symbolise le passage d'un monde à l'autre. La nuit est le lieu commun de la mort. Dans Remember me, la nuit est propice aux révélations, mais aussi le lieu commun du drame. Dans la soirée, (mets le Dans la soirée à la fin de la phrase) ont lieu les premiers rendez-vous d'Ally et de Tyler.

Le premier soir, Tyler invite Ally au restaurant indien. Celle-ci commande son dessert avant son plat principal. Tyler, étonné, la questionne. Elle lui répond qu'elle veut profiter du meilleur, car, ne sait-on jamais qu'un astéroïde atterrisse sur le restaurant et qu'elle ne puisse pas avoir savouré le meilleur avant de mourir. Par la suite, Tyler utilisera cet argument pour la séduire.

Leur second rendez-vous se déroule chez Tyler et Adam. Tyler avait préparé un gâteau à Ally sur lequel était écrit « en cas d'astéroïde », mais Adam, ivre, en avalé une partie. Il l'a caché sous un abat-jour, comme si celui-ci était une lumière. En effet, la philosophie d'Ally, et Ally elle-même vont éclairer la vie de Tyler.

Par la suite, Ally découvre le tatouage de Tyler. Celui-ci lui confie que son frère est mort. Elle lui explique alors que sa mère l'est aussi. Puis, au cours d'un dîner qui doit en théorie précéder l'exposition de Caroline, Tyler présente Ally à son père. Cependant, son père est appelé par son cabinet sur une affaire urgente. Il ne vient pas, alors qu'il l'avait promis à Tyler. C'est aussi durant la nuit que les camarades de Caroline lui coupent les cheveux. Enfin, Ally a perdu sa mère sur le quai d'une gare, durant une soirée. À l'image d'Annie Ernaux, les personnages ne sont pas sortis de leur nuit. Ally, par exemple, refuse de prendre le métro, depuis ce jour.

         Le voyage est aussi symbolisé par le métro et le train. Chez Claude Simon, le tramway est l’espace de l’entre-deux, à la fois point de départ et d’arrivée. Dans Remember me, il est aussi un espace entre deux mondes et deux époques. Suite à la tragédie qu'elle a vécue, Ally refuse de prendre le métro lors de son premier rendez-vous avec Tyler. À la fin du film, elle accepte de monter dedans. Le train symbolise dès lors le cheminement intérieur du personnage.

         Maintenant que nous nous sommes intéressés à ce que sont les personnages, nous allons à présent nous centrer sur ce qu'ils ont reçu des défunts (II) et sur ce qu'ils en font (III).

II- L’héritage des défunts

Rolland Barthes, dans Le journal du deuil dit que : « je comprends mieux l’abstraction : elle est absence et douleur ou douleur de l’absence ». Ce paradoxe rend compte de la pression sociale qui étouffe les endeuillés (2), qui n'ont plus de rites sociétaux auxquels se raccrocher (1). Ils  se raccrochent alors à leur héritage matériel ou culturel (3).

1- L'absence de rites sociétaux

         « Les sociétés libérales présentent les signes d’une mort qui perturbe, mais qui ne se montre pas en l’état ». Comme présentée en introduction, notre société actuelle est caractérisée par l'absence de rites sociétaux. 

         Pourtant, les rites permettent d'intégrer la mort, mais aussi de lui donner un sens. Des sociologues tels que Durkheim s'y sont intéressés. Dans ses études Les formes élémentaires de la vie religieuse. Le système totémique en Australie, il présente deux types de rites. Selon lui, il y a des rites « positifs » (qui se déroulent dans contexte joyeux ou dans l'attente d’un événement heureux) et les rites « piaculaires » (qui prennent place dans un contexte de tristesse ou d'inquiétude). « Le deuil (…) c’est un devoir imposé par un groupe ». En Australie, les familles ne peuvent pas ne pas pleurer collectivement un deuil, sinon, elles témoignent leur manque d’unité et de cohésion. En ne pleurant pas, elles renoncent à être. Pleurer un mort est donc une façon de conserver une cohésion, et une identité familiale, sociale et culturelle. Philippe Ariès qualifie la mort, dans notre société, de « mort inversée » : la douleur psychologique et personnelle n’est plus prise en charge par la collectivité.

         Ainsi, dans Remember me, la famille de Tyler a-t-elle instauré un rituel de commémoration, à défaut de bénéficier d'une prise en charge des collectivités. Les membres de la famille se réunissent autour de la tombe du défunt et dépose des pierres que Caroline a peintes. Le deuil permet de réunir la famille recomposée, et le rituel de donner un sens à la douleur de l'absence. Comme l'affirme Baudry : « La mort provoque la culture » : les rituels constituent la culture. « L’erreur est de penser que le deuil - affaire d’individus et d’individualités – puisse être étanche à la vie sociale, c’est-à-dire, à la vie tout court. ». Quant à Nadia Veyrié, elle pense que : « l’existence des rituels funéraires est le garant d’une humanité ».

2- Une société qui étouffe le deuil

Source: ExternePlus que l'absence de rites sociétaux, c'est surtout le portrait d'une société à la fois oppressante et indifférente au deuil que dresse le film. Lorsque Caroline perd ses cheveux, ni l’école, ni les autres mères ne veulent intervenir. Pour la collectivité sociale symbolisée par l'école, le drame n'a pas eu lieu entre ses murs : elle ne peut donc et ne veut donc pas donc elle ne peut et ne veut pas. L'école est un microcosme qui représente le macrocosme. Pour les autres filles, Caroline s'est coupée les cheveux toute seule. Elles n'endossent pas la responsabilité des leur acte.Elles profitent de la faiblesse de Caroline, absorbée par ses rêveries, pour l'harceler.

Lorsque Caroline revient dans sa classe, elle est accompagnée par son frère. Des filles se moquent ouvertement d'elle. Tyler les menace et détruit du matériel. Il exprime ainsi la violence de ses sentiments et des sentiments de Caroline réprimés par la société. Il est envoyé en prison, mais son père en personne le fait sortir. Il l'assure qu'il fera expulser toutes les filles qui se sont moquées de Caroline. En fait, Tyler et son père s'attribuent l'autorité de la collectivité et se rendent eux-mêmes justice. Ils ne subissent plus, ils agissent. Ils remettent ainsi en cause le système qui ne prend pas en charge la douleur.

Effectivement, l'absence de prise en charge du deuil par la collectivité n'est pas sans conséquence sur la vie sociale et psychique des personnages. Le deuil peut, par exemple, être vécu sur le mode de la culpabilité. Pour Claire Kebers, un tel deuil est pathologique.

Tyler présente toutes les caractéristiques d'un tel deuil. Obnubilé par la perte de son frère, il s'enferme dans la mort de celui-ci, à tel point qu'il refuse de vivre. Avant de connaître Ally, il n'a aucune relation stable, comme le souligne ironiquement Adam en lui proposant de créer un pack marketing à destination des filles qui (dé)couchent. Sa sœur lui fait remarquer qu'il boit beaucoup, et que son haleine mêle à la fois l'alcool et le dentifrice. Enfin, il ne veut s'engager nulle part. Lorsque Ally lui demande dans quelle filière il est, il répond qu'il n'en sait rien. Elle veut qu'il précise, mais Tyler élargit le sens de sa précédente réponse : il hésite pour tout. Il est à la fois en rébellion contre la société, et en même temps, complètement perdu sur le plan personnel. Son appartement rend compte de son intériorité : désorganisé, désordonné, peu aménagé. Tyler est, en apparence, l'opposé de son père. L'avocat semble toujours impassible, et froid, comme si le deuil ne l'avait pas touché et ne le touchait pas. Son domicile n'est jamais montré et le père ne porte que des costumes, contrairement à la mère de ses enfants, car sa vie privée semble se résumer à son travail. Le bureau est très ordonné et moderne, richement décoré, mais évidé de tout objet personnel. Ce décor rappelle celui des films de Tim Burton, dans lesquels l'univers des morts est plus vivant que celui des vivants. Autant l'appartement de Tyler semble réaliste, autant le bureau de son père paraît presque irréel tant il est impersonnel. Comme Jules, le personnage principal du Cri de Laurent Gaudé, le père de Tyler est toujours en retrait. Il incarne la société qui tait son deuil, qui l’enfouit si profond que lorsque celui-ci ressort, après toutes ces années de silence, c’est sous la forme du cri qu’il s’habille. Le cri est l'expression brute de l'émotion qui se perd dans les affres du langage. « Le cri, voix sans corps, manifeste l'invisible présence de ce qui aurait dû rester caché. » C'est une intrusion de la violence. Le cri est une rupture avec le langage. C'est l'émotion qui l'emporte sur la Raison. Le cri est donc la manifestation de la vie : « la vie n'est pas raisonnable » comme l'écrit Bobin dans La plus que vive.

         D'ailleurs comme le démontre Patrick Baudry : « Dans notre société, il faudrait que chacun se débrouille dans une sorte de monologue intérieur. (…) L’élaboration du souvenir suppose la perte de l’autre, ce qui supprime un discours qui se voudrait réconfortant. » « L’imaginaire est (…) une forme d’expression qui rend obligatoire la vie en commun. (…) Dans la mise à distance culturelle de la mort se joue toute l’humanité de la vie en commun »

         Dans la scène centrale du film : celle où le père de Caroline ne se présente pas à son exposition, Tyler et son père s'affrontent verbalement. Au début du film, Tyler s'était battu contre des inconnus à cause d'une situation injuste, et son père avait fait intervenir un tiers afin de le sortir de prison. Au centre du film, les points de vue se confrontent, et chacun explose. À la fin, ils sont unis et alliés autour de Caroline.

3- L' héritage

Nadia Veyrié définit l'héritage comme ce que l’on garde du défunt : des biens, des ressemblances physiques ou psychiques. C’est à travers l’héritage qu’il y a survivance. « Est-ce le résultat de la peur de l’oubli des morts ? » s'interroge-t-elle. « Qu’est-ce qui change dans l’identité d’une famille quand un membre est décédé ? ». D'ailleurs, l'héritage est pour elle étroitement lié à la notion d'identité. Le partage de l’héritage, c’est aussi le partage de l’identité du défunt. C’est une reconstruction de soi et de la famille avec ce qui n’est plus. Cet héritage désarticule l’identité de chacun, et l’identité du groupe. Finalement, l'héritage est une notion ambivalente. Comme l'écrit Nathalie Barberger, les personnages circulent : « parmi les ruines : les ruines du moi, les ruines de la présence, les ruines d'une mémoire ». L'héritage serait à la fois une richesse et une ruine. Par exemple, Tyler a hérité de la guitare de son frère, mais il n'en joue pas.

Dans Remember me, il y a deux types d'héritages : l'héritage matériel, et l'héritage culturel. À travers l'héritage des personnages, c'est tout l'héritage et les influences artistiques du long-métrage qui se déploient.

a- De la peinture aux images

         Remember me est l’héritier de certaines traditions artistiques : c'est le principe d'intertextualité défini par Genette dans Palimpsestes. Tout d’abord, de nombreux dessins et beaucoup de célèbres peintures figurent dans ce long-métrage, dont le portrait d'Aman-Jean de George Seurat, collé sur la porte d'entrée de l'appartement de Tyler et d'Adam. Emile Coulter analyse que : « Nous savons qu’Aman-Jean était en train de peindre ou de dessiner pendant la séance de pose, mais son attitude fait fortement penser à Tyler écrivant son journal »...Et à Adam, lors de la dernière scène. C'est aussi ce portrait que Caroline contemple et esquisse dans la dernière scène de Remember me.

         Aman-Jean était aussi un artiste : son portrait est donc une mise en abîme, et renvoie à la créativité qui compense un manque.

L’institutrice de Caroline l'a comparée à « un jeune Whistler ». Peintre du XIXème siècle, il est surtout connu comme étant le précurseur d'une esthétique moderne dans le milieu pictural américain. La musique est au centre de son œuvre, comme le témoignent les sous-titres de ses tableaux. Ses portraits sont réalistes et poétiques. Courbet l'a même un temps considéré comme son élève.

         Comparer Caroline à ce peintre est une façon de le faire revivre, mais aussi, d'attacher les qualités des œuvres de Whistler à Caroline.

         Enfin, un musée, le M.O.M.A. est mentionné dans le long-métrage, puis filmé.

         En effet, Ally dit à Caroline que sa mère l'emmenait dans les musées. Par la suite, le père de Caroline fait de même. La transmission culturelle s'opère donc de générations en générations.

b- La comédie

L'entrée de l'une des scènes de Remember me s'effectue à travers la scène d'exposition d'un autre film : American Pie 2, que Tyler regarde au cinéma.

         Suite au succès du premier, sorti en 1999, une suite a été tournée et est sortie en 2000. Cette comédie a révolutionné le genre du « Teen Movie » dans les années 2000. En effet, jusqu'à la sortie d'American Pie, les « Teen Movie » étaient pour tous les publics. L'idée des réalisateurs a été d'affirmer le contraire. Malgré certaines irrégularités sur le plan technique (dont un gobelet qui change de couleur, notamment), ce film n'en reste pas moins original pour son époque.

Adam semble d'ailleurs tout droit sorti d'un de ces longs-métrages : dans une scène, il tient même un gobelet semblable à ceux de cette comédie. Il apporte une dimension légère et drôle à cet ensemble dramatique. Comme les personnages d'American Pie, il ne pense qu'à deux choses : les filles et faire la fête. Au cours du film, la relation de Tyler et Ally change son point de vue. Lorsque qu'Ally rompt avec Tyler, c'est pourtant Adam qui frappe à sa porte et qui lui explique la sincérité de ses sentiments. Son rôle est primordial dans leur réconciliation. À la fin, il a même une petite amie.

Source: Externe

c- Les mythes et la tragédie

Deux mythes sont cités : le mythe d'Orphée et le mythe d'Uranus. Tyler a en effet reçu de son frère un livre sur les mythes. Il l'offre par la suite à Caroline. Comme l'affirme Emilie Coulter :

« Calliopé, la Muse de la poésie héroïque, était la plus talentueuse d’entre elles. Elle avait un fils mortel du nom d’Orphée, dont le chant égalait presque en beauté celui des Muses. Lorsqu’il atteignit l’âge adulte, Orphée quitta sa mère et ses huit tantes aimantes et partit vivre en Thrace, royaume de son père, pour apporter la joie de la musique sur terre. Sa voix était si pure et si juste que les plus féroces guerriers déposaient à terre leurs épées et que les bêtes sauvages, envoûtées, se couchaient à ses pieds. Les arbres tiraient de terre leurs racines et s’approchaient de lui pour l’écouter, et même les durs rochers roulaient jusqu’à lui […] Orphée, le musicien légendaire, fut si éprouvé par la douleur suite à la mort accidentelle de son épouse, Eurydice, mordue par un serpent, qu’il osa descendre aux Enfers et charma par sa musique Hadès, Dieu du royaume des morts. Le dieu lui accorda la permission de ramener Eurydice dans le monde des vivants, mais imposa une condition : Orphée ne devait jamais se retourner pour la regarder le suivant sur le chemin du retour vers la vie. Lorsque Orphée fut sorti des profondeurs des Enfers, il se tourna alors joyeusement vers sa femme, mais il le fit trop tôt : Eurydice, lui murmurant adieu, disparut alors même que plein d’amour, il tendait vers elle ses bras, et c’est ainsi qu’il la perdit une seconde fois, et pour toujours. Orphée se mit alors à errer seul de par la terre, recherchant les lieux déserts loin des hommes, accablé de douleur mais continuant de jouer sa musique, avec pour seuls spectateurs les animaux, les roches et les arbres. Un jour, un groupe de Ménades le découvrirent et elles le tuèrent, mettant en pièces son corps. La légende dit que les Muses recueillirent les membres épars du corps d’Orphée et l’enterrèrent au pied de l’Olympe, et que depuis ce jour le chant des rossignols n’est nulle part aussi beau qu’à cet endroit. […]

J’ai toujours pensé que le choix du mythe d’Orphée, une fois de plus, était une subtile allusion à l’ombre toujours présente de Michael, le frère décédé de Tyler et Caroline. Michael, le musicien, est mort parce qu’il ne pouvait plus supporter la perte de sa musique – peut-être ce qu’il aimait le plus au monde – lorsque son père l’a forcé à renoncer à sa carrière musicale sans succès [son père l'a contraint à entrer dans son cabinet]. Mais dans cette scène, la légende d’Orphée ne se contente pas de nous rappeler Michael. Tous ses éléments les plus sombres - la perte de l’amour, la mort, la douleur, la descente aux enfers, la désolation qui s’ensuit, et la mort violente et prématurée d’Orphée, au corps atrocement saccagé – tout cela est aussi prémonitoire [ou proleptique] du sort de Tyler, de sa mort cruelle dans les tours. L’utilisation du mythe dans cette scène a une double fonction : il nous fait regarder en arrière, vers le passé (rappelant le suicide de Michael) mais il nous montre aussi l’état d’esprit actuel de Tyler et fait entrevoir, en une sombre allusion, son futur […] Comme Orphée après avoir perdu Euridyce, Tyler ne peut pas surmonter la perte de Michael ; comme Orphée, il gaspille ses dons – l’écriture, la musique, les études : il erre dans une sorte de désert personnel. Ce qu’il écrit (son journal adressé à son frère mort) ne sera jamais lu, puisque le journal ne sera jamais retrouvé par ceux qui l’ont aimé » (sic)

Source: Externe

         Le mythe d'Ouranos est aussi une métaphore :

         Ouranos était le fils de Gaïa. Ils eurent ensemble plusieurs enfants, dont les titans. Ouranos les renvoya pourtant dans le sein de leur mère. « D'après Apollodore, il jeta ses enfants révoltés dans le Tartare, sombre lieu du monde souterrain, qui se trouvait aussi éloigné de la terre que la terre l'est du ciel; Si on y jetait une enclume, elle mettrait neuf jours et neuf nuits pour en atteindre le fond. Pour se venger, Gaïa persuada les Titans d'attaquer leur père et c'est ce qu'ils firent, sous la conduite de Cronos, le plus jeune des sept qu'elle arma d'une faucille de silex soigneusement aiguisée. Ils surprirent Ouranos dans son sommeil, et ce fut avec la faucille que l'impitoyable Cronos le châtra. Puis il s'emparant des organes génitaux de la main gauche, qui a toujours été depuis lors un geste de mauvais augure, et les jeta, ainsi que la faucille dans la mer près du cap Drépanon (qui signifie faucille). Des gouttes de sang s'écoulant de la blessure tombèrent sur la Terre-Mère et elle donna naissance aux trois Erinyes [Mégère, Alecto, Tisiphone, elles sont rapprochées aux furies romaines]. Les Mélies, nymphes des frênes, sont aussi nées de son sang. Lyssa, la folie furieuse, fut engendrée par le sang de Nyx et Ouranos ». Enfin, Hésiode fait naître Aphrodite de son membre mutilé, jeté dans la mère.

         Le mythe d'Ouranos est une métaphore du personnage du fils (Tyler) qui veut détrôner le père. Dans la Grèce antique, il était nécessaire qu'une génération meure pour qu'une autre puisse vivre. Lorsque que Cronos  s'empare du pouvoir, une nouvelle aire commence : l'âge d'or, selon Hésiode. De plus, la présence des mythes est une référence à la fatalité qui plane au-dessus de la tête du principal protagoniste. Remember me est écrit à la façon d'un mythe. Comme Œdipe, Tyler ne peut échapper à son destin. De nombreuses références à la fatalité sont dissimilées dans Remember me.

         Tout d'abord, dans un des cours suivi par Tyler et Ally, le terrorisme est mentionné. Celui-ci ne semble pourtant avoir aucune incidence dans la vie des personnages. Ensuite, Ally, au cours de leur premier rendez-vous émet la possibilité qu'un astéroïde puisse leur tomber dessus. Enfin, d'autres éléments culturels ou sportifs ancrent directement la fiction dans son contexte. La mention des lieux limitrophes aux Twins Towers est aussi une annonce proleptique de la tragédie.

d- Le carnavalesque

Source: ExterneRemember me joue sur le retournement. Dans la deuxième scène du film, Tyler prend le métro et aperçoit un clown endormi. Il tient un ballon jaune entre ses mains, et un autre sur lequel est inscrit « Happy Birthday ». Dans la scène où Caroline se fait couper les cheveux, des ballons jaunes, orange et verts sont accrochés de part et d'autre de la pièce. Sur le cadeau qu'elle tend à la mère de sa camarade, est écrit « Happy Birthday », comme l'a remarqué Emilie Coulter.

         Il s'agit d'un topos littéraire et cinématographique (un lieu commun, ou cliché récurrent) : le retournement carnavalesque.

         Le carnaval, initialement, est une fête qui précède le carême. L'ordre du monde est renversé : le beau est le laid, le roi est l'esclave, le masque est la Vérité... Ces dernières années, le thème du cirque est plus fortement présent sur les écrans. Il se trouve dans De l'eau pour les éléphants, la saison 4 de la série Heroes, ou même en musique dans le clip Hurt de Christina Aguilera, et la chanson Circus de Britney Spears. Le cirque est un thème qui déploie les mêmes problématiques que le topos littéraire du theatrum mundi : le monde est un théâtre/cirque, chacun y joue un rôle et est en représentation perpétuelle.

         La présence du clown dès les premiers instants du récit renforce cet aspect. Il est endormi, et semble triste. Il représente les divers aspects du film : une comédie sous laquelle la tragédie sommeille. Tyler va dans cette scène fêter un anniversaire : celui de la mort de son frère. Ce moment de joie (l'anniversaire) est en fait un instant de tristesse (la mort). De plus, certains personnages sont clairement inspirés par l'esthétique du carnaval. Adam incarne le bouffon, tandis que le père est le roi. Enfin, toute cette histoire repose sur l'idée du retournement. Caroline est invitée à une fête, qui se transforme en cauchemar. Tyler veut se venger du policier mais tombe amoureux de sa fille. Le père de Caroline se montre froid et distant, mais finit par prendre personnellement en charge les problèmes que rencontre sa fille. Adam finit par trouver l'amour, alors qu'il était un éternel célibataire...Le film nous fait croire dès la première scène qu'il s'agira de traiter des drames personnels, mais sa fin est un ultime renversement, qui inscrit le drame personnel dans l'Histoire.

III- Le devoir de mémoire

Le devoir de mémoire est relatif à la construction de son histoire personnelle, mais aussi à la constitution de l'Histoire. Comme l'affirme Marou : « L'histoire est la connaissance du passé de l'humanité ». Cependant, ce long métrage met en scène une réflexion selon laquelle il est nécessaire de ne pas oublier, mais de continuer à vivre (1), car vivre est une façon faire honneur aux morts. Enfin, partager son deuil sous forme de témoignage contribue à leur rendre hommage (2).

1- Ne pas oublier

         Dans sa réflexion sur l'Homme et la mort, Edgard Morin contredit la pensée d'Heiddeger. Pour Heiddeger, les frontières entre l’être et le néant s’imaginent difficilement, puisqu’elles n’existent pas. C’est la théorie du « Dasein » : le néant conditionne la réalité de l’existant. Edgar Morin rappelle que « La biologie a découvert que la mort n’était pas une fatalité de la vie organique. (…) les êtres vivants ne sont nullement heiddegeriens. La vie, ce n’est pas la mort ».

         Tout l'enjeu de Remember me, traduit en français par « N'oublie jamais », se trouve dans l'étymon du titre. Remember signifie « se souvenir ». Il vient de l'ancien français « remembrer, « se souvenir ». Ce verbe ancien, issu du latin remomari, est un doublet populaire de remémorer qui l’a supplanté ». Quant à « Remember », il dénote les sens « se rappeler » ou « reconnaître », mais aussi « ne pas oublier (sens propre et figuré) », « donner de la considération », ainsi que « commémorer ». Ne pas oublier, ce n'est pas s'enfermer dans la mort de l'autre, c'est au contraire, pouvoir y repenser sans y souffrir.

Comme le souligne le témoignage de Catherine dans le livre de Marc Augé :

« Une autre façon d’inscrire la mort dans la vie, c’est de ne pas oublier.  La mémoire n’est pas incompatible avec la vie. Le refus de faire mourir les autres, ceux qu’on a aimés, n’est pas un refus de la vie. Au contraire, plus les gens ont été amoureux de la vie, plus se souvenir d’eux , c’est continuer à aimer la vie. (…) Plus l’autre a été vivant, plus lui être fidèle, c’est être vivant aussi ».  Marc Augé pense d'ailleurs que : « Et si, en définitive, il était nécessaire de recréer des liens authentiques, dans nos sociétés éclatées, non seulement pour affronter la mort, mais aussi pour mieux vivre ? »

2-Témoigner

         Ce qui permet de sortir du deuil, c'est de le partager. Partager cette expérience permet de lui donner un sens. C'est ce qu'il se passe entre les personnages, mais aussi entre le réalisateur,  l’écrivain et les spectateurs. Par la fiction, celui qui raconte témoigne ; et il transmet son témoignage à d’autres personnes.

         Dans le Cri de Gaudé, le personnage, qui est un survivant, tente de faire son deuil en témoignant. Le deuil, dans la société, veut se faire taire. Jules, le protagoniste décide alors d’ériger une statue, tandis qu’Ally accepte de reprendre le train.

         Le deuil d’Ally est fini : elle accepte de monter dans le train, c’est-à-dire de prendre le risque de laisser sa vie se continuer et de se finir. D'ailleurs, le train s'enfonce au loin dans la nuit, tandis que le quai est éclairé. « Gandhi disait que tout ce qu’on fait dans la vie est insignifiant mais qu'il est très important de le faire » comme le cite Tyler. En soi, prendre le train est insignifiant, mais outrepasser sa peur de la mort ne l'est pas.

         En effet, penser à la mort de l'autre, c'est penser sa propre mort. Accepter la mort de l'autre est une façon d'accepter la sienne. D'ailleurs, Lévinas dit dans Totalité et Infini que la mort d’Autrui préfigure ma propre mort : Autrui se transforme alors en prochain. Le visage et le regard d’autrui sont le fondement de l’altérité. Pour Canetti dans « Le survivant », on cherche l’immortalité dans d’autres formes de survie, comme la procréation. Le témoignage est une forme de survivance.

         Remember me témoigne d’un événement historique : le 11 septembre 2001. Pour toute une génération, dont la nôtre, cet attentat a frappé nos consciences. D'une part, il était surprenant, d'autre part, il était particulièrement violent. Nadia Veyrié s’interroge sur ces attentats qui ont soulevé « une émotion collective du deuil »  : « pourquoi la mort de certaines stars, personnalités […] ou attentats engendrés par des terroristes […] engendre une émotion collective où les morts pour la plupart inconnus deviennent soudainement des proches ?  […] l’attentat du 11 septembre 2001 a soulevé l’émotion d’un grand nombre de pays dans le monde et a provoqué une forme de deuil international ». Personne n'a oublié cet événement, il appartient à notre Histoire. Après les attentats du 11 septembre, les grosses productions cinématographiques américaines ont longuement hésité avant de terrasser New York de nouveau. Spiderman, par exemple, devait initialement se terminer sur un attentat qui visait les deux tours. Un hélicoptère aurait heureusement été intercepté par l'homme araignée. Il aurait été suspendu sur une toile entre les Twins Towers. Finalement, si dans la dernière production de Mikael Bay, Ninja Turtles, la ville de New York est fortement saccagée, c'est parce que la collectivité a réussi à faire son deuil. Sans oublier.

**************************************************

         En conclusion, je dirai que tout le talent du script et du réalisateur a été de nous rendre proche un inconnu, et de nous transmettre la douleur de ses proches. Le film se termine sur le regard d'Ally, qui brise ainsi « le quatrième mur ». Elle semble nous interroger, nous transmettre un message. Et nous, qu'avons-nous fait pour ne pas oublier ?

 

 

Bibliographie :

 

Littérature et Cinéma :

 

Nathalie Barberger, L’écriture du Deuil, Septentrion Presses Universitaires, Objet (coll.), Aras, 1998

Emilie Coulter, WhyIstheRumAlwaysGone (trad.), « A Diary About The Remember Me Film with Robert Pattinson : Sharing Thoughts - Regards et réflexions sur le film Remember Me avec Robert Pattinson », 24 mai 2010 consulté le 6 novembre 2014 sur http://regardssurlefilmrememberme.blogspot.fr/2010/05/greek-myths-in-remember-me-les-mythes.html

Marie Sauvion, « Remember me : fade * », Le parisien, 6 avril 2010, sur http://www.leparisien.fr/cinema/critiques-cinema/remember-me-fade-06-04-2010-876348.php

« Ouranos » consulté le 6 novembre 2014 sur http://mythologica.fr/grec/ouranos.htm

Durendal 1, « Pourquoi j'ai Raison et vous avez tort ? Transformers », youtube, 17 juillet 2014, sur https://www.youtube.com/watch?v=uTh6CbDkfBg

 

Linguistique :

 

« Remembrance » consulté le 6 novembre 2014 sur http://www.academie-francaise.fr/remembrance

« Remeber » consulté le 6 novembre 2014 sur http://www.larousse.fr/dictionnaires/anglais-francais/remember/607022

 

Histoire de l'Art :

 

Barthélémy JOBERT, « WHISTLER JAMES ABBOTT McNEILL - (1834-1903)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 6 novembre 2014. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/james-abbott-whistler/

 

 

Sociologie :

 

Marc Augé (dir.), La mort et moi et nous, Textuel, Le Penser-Vivre (coll.), Saint-Amand, 1995

Karine Roudeau, Ceux qui restent, une sociologie du deuil, Presses universitaires de Rennes, le sens social (coll.), Mayenne, 2012

Nadia Veyrié, Deuils et héritages confrontation à la perte du proche, Le Bord de l’eau, altérité critique (coll.), Paris 2012

 

Psychologie :

 

Claire Kebers, Mort, deuil séparation, itinéraire d’une formation, De Boeck, Comprendre (coll.), 1999

 

Philosophie :

 

Bryan Magee (dir.), Christian Molinier, Cecile Nelson, Marie-Odile Kastner, Philippe Safavi, (trad.), Histoire de la Philosophie illustrée de Socrate à nos jours 2500 ans de Philosophie occidentale, Pré aux clercs, 2000, 2001.

Josiane Papazian, Philosophie Term L, ES, S le guide ABC Bac cours et sujets, Nathan 2004

 

CE TEXTE A ETE RELU ET CORRIGE PAR MAGDELEINE GOUTIERRE ! MERCI :)

 

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10 octobre 2016

Mes fanfictions

Une fanfiction, c'est quoi ?

Il s'agit d'un écrit d'un FAN sur une oeuvre. Le plus souvent le FAN invente une histoire autour des personnages de l'univers qu'il aime, ou inversement, imagine des personnages dans l'univers. Quelques fois, il mélange deux univers (Harry Potter et le Seigneur des anneaux, par exemple), ou crée le sien propre dans lequel évolue les personnages d'un livre, série, film ou manga...

Fanfiction tsilla's univers-tsilla66

 Voici les résumés et les liens des fanfictions (HARRY POTTER) que j'ai écrites : 

Les parodies et fics rigolotes :

Vie de famille 

Chaque vie de famille est unique et apporte ses moments de joie, tristesse, colère. 

Les instants les plus fous deviennent souvent les plus beaux souvenirs. 

Je vous les propose ;)

Catégories: Missing moment 

Personnages: Albus Severus, Autres, Bellatrix, Bill, Charly, Dean, Draco, Ginny, Harry, Hermione, Hugo, James, James junior, Lily, Lily junior, Lucius, Percy, Ron, Rose, Scorpius 

Genres: Parodie 

Date : 2013

(Exclusivement sur lasallesurdemande.com : http://www.lasallesurdemande.com/viewstory.php?sid=3657)

 

Draco/Mione, mode d'emploi 

Vous êtes auteur(e) et vous ne savez pas comment écrire une fanfiction DRACO/MIONE? Ce texte est fait pour vous. 

Vous en avez marre de lire et relire les fanfics DRAY/MIONE et vous voulez rire un peu? Ce texte est fait pour vous. 

Vous adorez Hermione et Drago? Ce texte est fait pour vous

Vous aimez le nutella? Ce texte est fait pour vous.

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(crédits images : Drago et Poudlard (warner), Hermione (fan club d'Emma Watson sur fanpop.com) et Montage : la talentueuse Ielenna)

Catégories: à Poudlard 

Personnages: Draco, Hermione 

Genres: Parodie

Date : 2012

(sur lasallesurdemande.com : http://www.lasallesurdemande.com/viewstory.php?sid=3634)

(sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=27192)

A l'entrée du cauchemar : 

Ma première fic...

Et si Drago embrassait Hermione? Que Ron était un peu trop curieux...
Comment pourrait réagir Hermione?

Délires et humour garantis !Alors venez voir...

Note 2012 : cette fic écrite en 2006 a été corrigée, mais j'ai conservé le texte original. Je n'y ai rajouté que corrections type grammaire/orho, syntaxe. J'ai beaucoup ri en la corrigeant. J'avais treize ans, je vous demanderai de l'indulgence, merci.

Catégories: à Poudlard 

Personnages: Draco, Fred, George, Ginny, Harry, Hermione, Ron 

Genres: Parodie, Romance

Date : 2006/ correction : 2012

(sur lasallesurdemande.com : http://www.lasallesurdemande.com/viewstory.php?sid=3599)

(sur hpfanfiction.org :http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=1679)

 

La biographie selon Rita Skeeter

Rita Skeeter est envoyée à Poudlard, deux jours après l'attaque des mangemorts, afin de couvrir l'évènement. 


Rita a cependant d'autres projets en tête, dont celui de décortiquer la vie de Rogue. Après le succès de sa première biographie sur Dumbledore, la journaliste a décidé d'écrire celle de cet ancien mangemort. 


La découverte d'un mystérieux coffret dans son bureau la mènera à une conclusion étonnante sur la vie du professeur...


"Oh Mon dieu! Ta fic est trop bien, je l'adore" (extrait d'une review que personne ne lira et qui a probablement été inventée par l'auteur).



Montage de Kiwx

 

Catégories: à Poudlard 

Personnages: Severus Rogue, Harry, Rita Skeeter 

Genres: Parodie

Date : 2012


( sur lasallesurdemande.com : http://www.lasallesurdemande.com/viewstory.php?sid=3604)

(sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=27345)

 

La naissance du vif d'or 

En réponse à un défi de Parvati Patil... 

Browman Write, inventeur du vif d'or n'était ni astronaute, ni avocat, ni joueur de Quidditch. 

Comment le vif d'or est-il donc né de son esprit et a-t-il été élaboré?

La réponse est surprenante.

fanfictions tsilla's univers-la naissance du vif d'or-tsilla66

Catégories: One-shot 

Personnages: Browman Write 

Genres: Parodie

Date : 2007/ réécrit : 2009/ corrigé : 2010/ réécrit : 2012


(sur la sallesurdemande : http://www.lasallesurdemande.com/viewstory.php?sid=3784)

(sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=7327)

 

Comment éviter de passer pour un boulet  

Il se plaisent, ils se tournent autour, ils sont un peu lourds...mais tellement attachants !

Voici quelques règles à appliquer pour éviter de passer pour un boulet dans les jeux de la séduction (et du hasard) !

fanfictions tsilla's univers-comment éviter de passer pour un boulet-tsilla66

Catégories: Harry/Ginny, Ron/Hermione, autres couples

Personnages: Le trio, Neville, Luna

Genres: Parodie

Date : 2006 réécrit et corrigé : 2013

(sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=2015)

Harry Potter parodié avec cynisme et ironie (en cours d'écriture)

Ron si pauvre qu'il mange un sandwich au pain dans le poudlard express, Harry Potter en enfant naïf croyant parler à des serpents, Lord Voldemort en méchant défoncé vingt-quatre heures sur vingt-quatre...

Loufoque. Trash. Satirique. Ironique et Cynique.

Les passages les plus forts d'Harry Potter 1 et 2 relus et revisités. Venez découvrir Harry Potter et le philosophe stone et Harry Potter et la réserve secrète

extrait d'un chapitre : Harry Potter et le philosophe Stone (maintenant on sait pourquoi Voldemort a les yeux rouges...)

"Regardez les enfants, un hybride entre un cochon et un babouin de Tanzanie, fascinant, mais comment est-il sorti de sa cage ?"

Le guide du zoo se rendit soudain compte qu’il s’agissait d’un être humain.

" Dudley, viens ici tout de suite" L’appela Pétunia.

Je remercie Sophie et Magdeleine, pour leur correction.

Public : -16 ans

Catégories: Durant Poudlard

Personnages: Harry Potter

Genres: Parodie

Date : 2009/ corrigé : 2010/ réécrit et corrigé : 2012-2016

(sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=13906)

Les dramatiques sur mes couples préférés (Ron/Hermione  Ginny/Harry  Arthur/Molly) :

Une dernière fois 

Sur le quai d'une gare, Ron attend Hermione. Il s'apprête à la laisser partir. L'instant est idéal pour la retenir une dernière fois. 
L'adieu les sépare-t-il ou les réunit-il?

Catégories: Post-Poudlard 

Personnages: Hermione, Ron 

Genres: Romance

(lasallesurdemande.com : http://www.lasallesurdemande.com/viewstory.php?sid=3600)

(hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=27282)

Date : 2010/correction : 2012

note : il s'agit d'une nouvelle transformée en fanfiction.

 

Tomber dans la folie est terriblement attractif 

Aujourd'hui est un jour spécial : Ginny se marie. Ses parents sont fiers de leur fille, fiers de leur famille. 

Ils ne se sont jamais tant aimés ce matin-là.

Catégories: Post-Poudlard 

Personnages: Arthur et Molly Weasley 

Genres: Romance 

Avertissement: Lemon soft (scène sexuelle) 

Date : 2011/ réécrit : 2012

(Exclusivement sur lasallesurdemande.com : http://www.lasallesurdemande.com/viewstory.php?sid=3639&warning=NC-17)

 

Le silence devient un cri 

Par une chaude nuit d'été où elle se sent seule, Ginny s'effondre sur son lit.

Un lit qui la lie aux souvenirs heureux, à un instant de plaisir, où le désir et les sens s'expriment à travers la langue du corps.

Un moment singulier où le plaisir et l'amour se sont concrétisés.

*ne prend pas en compte la fin du tome 7*

Catégories: One-shot (un seul chapitre) 
 
Personnages: Ginny, Harry 
 
Genres: Romance 
 
Avertissement: Lemon soft (scène sexuelle) 
 
Date : 2009
 
 
 
 
L'éclat des silences/ De la poussière d'étoile dans ses larmes

 

Hermione et Ron ne s'aiment plus comme avant. Ils traversent des crises : celles des couples, des crises de larmes, des crises de rires. 

Ils se trompent, ils se trahissent, ils se mentent. 

La vérité transparaît dans l'éclat de leurs silences.

(crédits images : Gustave Klimt sur http://www.private-prague-guide.com)

Catégories: Post-Poudlard 
 
Personnages: Ginny, Harry, Hermione, Ron, Rose 
 
Genres: Romance 
 
Avertissement: Lemon soft (relation sexuelle presque explicite) 
 
Date : 2008/ réécrite 2013
 
 
 
 
A diary
 
"Si je savais simplement le lui dire je n'écrirais pas ce que je ressens...un sentiment nouveau, un sentiment que j'apprends, moi qui sais tout grâce aux livres..."

Les pensées d'Hermione se déversent et se verbalisent dans ce journal. 

Lisez-le, lisez-la...
 
Catégories: Missing moment 
 
Personnages: Hermione 
 
Genres: Romance
 
Date : 2006/corrigée : 2010
 
 
 
Les fanfictions sur Rogue : 
 
La musique n'était pas prête de s'arrêter : 

Severus Rogue franchit le seuil de la porte des Potter, un soir où tout a basculé. 

Une musique résonne. 

Elle n'était pas prête de s'arrêter.

fanfictions tsilla's univers-il y eut-tsilla66

 
Catégories: One-shot (un chapitre) 
 
Personnages: Lily, Rogue 
 
Genres: Romance
 
Date : 2012
 
 
 

La mécanique des Patronus :

Si vous commencez à lire ce résumé, vous devez le finir.

La septième année s’annonce agitée à Poudlard.

En effet, après une overdose de bonbons citronnés, Dumbledore encore et toujours vivant (ou ressuscité d’entre les morts, au choix) a la brillante idée d’obliger Hermione (dont le volume pulmonaire a soudainement gonflé) à prendre des cours particuliers avec le professeur Rogue. Celui-ci préférant les retenues sadiques à de réels cours l’obligera à nettoyer toutes sortes d’objets.

D’abord réticents, ils vont pourtant se rapprocher, et bientôt, Hermione n’astiquera plus seulement les coupes dans la salle des Trophées.

Quant à Harry et Ron, comme le reste du corps professoral, ils trouveront tout à fait normal et saint qu’une adolescente de dix-huit ans sorte avec un homme qui aurait l’âge d’être son père, puisque l’amour est plus fort que tout.

Ron, qui acceptera d’office cette relation, se consolera avec Lavande, puis Luna, puis une O.C., cousine de Drago Malfoy et descendante des Black. Cette nouvelle venue, qui était jusqu’à alors restée secrètement cachée en France, deviendra rapidement la meilleure amie d’Hermione Granger. 

Imaginez à présent que Voldemort soit parti sur une plage paradisiaque, allongé sur un transat, tout en regardant Bellatrix et Lucius  faire une partie de beach volley derrière ses lunettes de soleil (et d’ailleurs comment font-elles pour tenir alors qu’il n’a même pas de nez ?).

Bien.

Si vous désirez lire une fanfiction complètement différente de celle énoncée, alors, n’hésitez plus et cliquez.

fanfictions tsilla's univers-la mécanique des Patronus-tsilla66

Catégorie : Durant Poudlard 

Personnages : 
Hermione Granger, Severus Rogue, Harry, Ginny, Ron, les membres de l'ordre du phoenix, les méchants mangemorts et Voldemort 

Genres: Aventure/Action, Romance/Amour

Date : 2006/ corrigé : 2010/ réécrit : 2013


(Exclusivement sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=2062)

Les cadeaux de Severus Rogue

Des cadeaux, Severus en a désiré.

Des petits, des gros, des grands, des inavouables, des secrets.

Suivez ces désirs, ses souhaits sur le fil du temps. 

Catégories : Biographies, fic cadeau

Personnages: Severus Rogue

Genres: Autres genres

(Exclusivement sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=27648)

 

La première fois de Severus Rogue 

"Ce matin là, à huit heures, dans le bureau de Dumbledore, la nouvelle tombe comme une tartine du mauvais côté. Quelle idée brillante! Le professeur doit donner des cours d’éducation sexuelle. "Pourquoi moi?" Se demande-t-il. 

Vous lecteur, vous avez la réponse car vous en avez l'habitude : le professeur Rogue assure toujours les cours d'éducation sexuelle dans les fanfictions. Si ce n'est pas lui, McGonagall s'en charge, quelques fois, Dumbledore lui-même."

Cependant, Rogue est lui-même puceau. Dès lors, qui d'autre qu'Hermione, en chaudasse entreprenante, assura le passage de la théorie à la pratique?

Personnages OCC et situation exagérée, pour un moment de détente, à la fois parodique et sensuel.

Participation au concours de PWP 2009, visant à soutenir le Sidaction.

fanfictions tsilla's univers-la première fois de Severus Rogue-tsilla66

(crédits images : Severus : warner, Emma Watson photographiée par Matthias Vriens McGrath pour Elle, montage la magnifique Ielenna)

 Catégorie : Romance (Het) - Série : Concours de PWP 2009 - Sidaction

Personnages : Hermione Granger, Severus Rogue
Genres: Parodie

Date : 2009/ corrigé : 2010/ Réécrit : 2012
(Exclusivement sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=13326&warning=4)

Les fanfictions sur les jumeaux Weasley (qui d'ailleurs apparaissent Trèèèèès souvent dans les autres) :

Où es-tu?

Fred a disparu, George le cherche encore. 

Il n'est pas question d'une histoire, mais d'une blessure qui se déploie en lui. 

Pour la première fois, il devra apprendre à vivre seul.

Cette fic peut s'écouter avec la chanson de The Fray "You find me".

Catégorie : Biographies, Autres fics HP

Personnages : Fred Weasley, George Weasley

Genres: Tragédie/Drame

Date : 2008/ corrigé : 2010


(Exclusivement sur hpfanfiction.org : http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=12132)

Le code du canard laqué est en cours de correction et de réécriture. 


Cette fanfic raconte la folle aventure de Fred et George aux temps des maraudeurs :)

Merci à celles qui m'ont relue et corrigée : Sophie (2010), Samatha Black (les trois premiers chapitres du code du canard laqué) et Océane (2012)

Merci à tous les lecteurs (même anonymes), commentateurs, et personnes qui m'ont ajoutée dans leur favoris, auteur ou histoire. 

1 octobre 2016

Interview de Pascale Oriot pour brevesdefemmes.info

 

Interview de Pascale Oriot Tsilla's univers

Pascale Oriot est native de Perpignan et a grandi en Cerdagne. Sportive, elle a notamment participé à de nombreuses compétitions de ski et de basket. Outre le sport, elle s'intéresse aussi à l'astrologie, le jardinage, la danse et la musique. Elle a notamment vécu à Paris, Carcassone, Montpellier et en Allemagne, avant de redescendre vers sa Catalogne natale. Cette touche-à-tout a eu diverses expériences professionnelles dans le domaine médical, l'armée, la gestion de personnel, pour ne citer que ceux-là. Elle a aussi été rédactrice en chef du magazine L'Eldorado Catalan. Pascale Oriot a toujours aimé lire et écrire. Ce n'est donc pas étonnant qu'elle ait fini par publier son premier livre, Vous me reconnaîtrez, et devenir une parolière accomplie. Portrait de cette artiste et de cette femme aux multiples facettes.

Interview :

Interview de Pascale Oriot Tsilla's univers

A quel âge avez-vous ressenti le besoin d’écrire ?
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé écrire. J’ai vécu l’apprentissage de l’écriture au CP comme  un véritable cadeau. Cahiers, petits bouts de papiers, carnets furent mes compagnons jusqu’à ce que  l’informatique devienne accessible. Je ne pars jamais sans un bloc notes et un stylo. Cependant, si écrire est une part essentielle pour moi, je ne me suis lancée dans le roman que fort tard.  Un pas franchi grâce aux commentaires de mes anciens professeurs d’une part et sous l’insistance d’amis, de l’autre.

Quels ont été vos premières sources d’inspiration ?
Je me souviens d’une phrase gravée sur la porte en bois des toilettes de l’école primaire : « on ne voit bien qu’avec des yeux qui ont pleuré ».  (A ce jour, je n’ai toujours pas trouvé l’auteur). Du haut de mon petit âge, je l’ai trouvée prodigieuse. J’ai lu et relu des histoires tristes (poil de carotte, vipère au poing, les misérables…) avide de larmes afin de pouvoir, un jour souligner si joliment de telles évidences. Pleurer, c’était voir et voir, c’était écrire.  Ma toute première source est celle-ci, elle est restée gravée en moi, même après avoir disparue de la porte en bois poncée et repeinte depuis.

 Comment conciliez-vous votre passion et votre vie de femme?
L’écriture fait partie de ma vie, elle est indissociable. J’écris principalement la nuit. Lorsque la ville s’endort, les tensions s’apaisent, l’agitation cesse, le ciel étend alors son immensité. Les mots coulent plus aisément. Je suis une petite dormeuse, fort heureusement mais il m’arrive d’avoir soif d’écriture durant la journée aussi, des instants impérieux. Je cesse toute activité pour m’y consacrer. Mes enfants sont grands, je vis seule désormais, je peux donc disposer de mon temps à souhait. L’inspiration est exigeante, lorsqu’elle se présente, elle ne tolère aucune négligence, sinon elle s’enfuit et peut bouder un mois complet. J’en ai fait l’expérience…

Selon vous, quelle est l’image de la femme en ce 21° siècle ?
La femme n’est plus une image, justement, la femme est ! C’est sans doute ce qui me ravit en ce 21ème siècle. La plupart des femmes (je parle de l’Europe, bien entendu…) ne se préoccupent plus du « bien penser », elles agissent et vivent selon leurs convictions et leurs personnalités. Elles défendent leurs droits et osent afficher leurs opinions. En ce qui concerne les enfants, elles exigent un véritable investissement des papas, dans un esprit d’équité, certes mais surtout parce que cela est primordial au bon développement psychologique des enfants. Les femmes ? Des individus à part entière…. Quoi de plus normal ?

Interview de Pascale Oriot Tsilla's universPartagez-vous avec vos proches ce que vous écrivez ?
Le partage est essentiel. Outre mes enfants et ma famille qui en ont la primeur si je puis dire, je donne mes manuscrits à lire pour en recevoir une critique objective, c’est très important pour moi. Dans un roman, certains passages peuvent être confus pour un lecteur alors qu’ils paraissent évidents lors de l’écriture. J’ai, dans mon entourage, 5 autres personnes qui  me lisent régulièrement et me donnent leurs avis éclairés avant que je ne propose le manuscrit à un éditeur.

Comment définiriez-vous votre style et s’est-il transformé au fil du temps ?
Curieusement, je ne sais si je peux prétendre à un style particulier. J’ai l’impression qu’il se modifie selon l’histoire que je raconte. Entre « Un petit brin de paille » édité en 2001 et « Vous me reconnaîtrez » en 2009, le style diffère totalement. Il en va de même pour celui que je viens de terminer radicalement éloigné du nouveau que j’entreprends. Au-delà d’une question de temps, je parlerai plutôt de sensibilité avec un côté « caméléon » qui me projette dans un style ou un autre selon la trame.

 Quels sont les éléments de vie qui ont induit vos choix littéraires (roman, essais etc.) ?

Les choix littéraires sont une affaire de rencontres. Plusieurs bibliothèques couvrent les murs du sol au plafond chez ma mère, enfant et ado, je n’avais que l’embarras du choix… Outre le cursus scolaire qui m’a permis de découvrir certains auteurs, le partage amical fut sans doute le meilleur libraire qui soit. J’aime entendre une personne parler d’un livre, d’un auteur. Cela pique ma curiosité et, en grande gourmande que je suis, je ne puis résister à m’en régaler à mon tour. Quelques émissions littéraires (hélas souvent tardives…) savent fort bien transmettre cela également. Mes lectures sont très éclectiques puisque, ainsi, livrées aux pirouettes de la vie.

 

Quels sont actuellement vos sources d’inspiration ?
Je pense n’avoir qu’une seule source d’inspiration : la vie… Au-delà des effets de mode, des tendances ou de je ne sais quoi, je suis simplement ce qui s’insinue dans la mienne par le biais de simples faits divers, des faits sensibles qui, en vérité, nous appartiennent à tous

Interview de Pascale Oriot Tsilla's univers

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’élaboration de vos ouvrages ?
L’écriture en elle-même ne me pose aucun problème, par contre, les relectures sont un exercice difficile pour moi. Je suis rarement satisfaite. Je m’accorde un laps de temps assez long entre la phase écriture et relecture afin de m’essayer à un regard « neuf ». Il l’est tellement que, si je m’écoutais, je le réécrirais… Autre point difficile, la séparation. Lorsqu’un ouvrage est pris pour publication, malgré la joie du partage, une sensation de vide s’installe : il a quitté ma maison, il appartient aux lecteurs. Un vide que  je comble aussitôt en écrivant un autre.

Quelle lectrice êtes-vous ?
Curieuse, avide et passionnée…

 Quels sont vos projets littéraires ?
Je viens de terminer un nouveau roman et travaille sur un autre. J’écris également des chansons en continuité de  la sortie de l’album « A découvert » de Philippe Estève dans lequel figurent 5 de mes titres.

 Quels sont les acteurs que vous choisiriez pour interpréter vos personnages à qui confiriez-vous la réalisation ?
Difficile à dire, cela dépend du roman et puis, je ne suis guère avisée sur ce point. Je pense que les professionnels sont plus aptes à en juger que moi….

Quel est votre livre de chevet ?
Pourquoi se contenter d’un seul alors qu’il en existe tant ? Et puis, j’ai un grand chevet…. Quelques-uns parmi mes préférés : « le parfum » de Süskind, « L’Alchimiste » Paolo Coehlo, « les mots » J.P Sartre…

Dans l’histoire de l’humanité, quels sont les personnages que vous ont marqués ?
Martin Luther King, Mandela,  Gandhi, Sœur Thérésa et l’abbé Pierre, Coluche (pour les restaus du cœur), Charlemagne (pour les écoles)….  Je suis très sensible à ceux qui ont œuvré pour la dignité humaine. Plus prés de notre époque, l’arrivée à la Présidence des Etats Unis de Barak Obama est un symbole important. Son métissage est à lui seul un point d’équilibre : il est à la fois blanc et noir. Loin de la politique en elle-même, je m’arrête sur cet équilibre soudain représenté, loin des préjugés raciaux (d’un côté comme de l’autre) et des vieilles rancœurs liées à l’histoire de l’esclavage.  L’histoire est derrière, avançons ensemble…

Quels artistes vous touchent le plus ?
Ils sont trop nombreux, là aussi, pour les citer tous. Je suis très sensible à l’art sous toutes ses formes. Ces derniers temps, Nathalie Dessay m’a bouleversée dans l’interprétation de « la Traviata » joué au Met’ de New York, idem pour Max Gossan pour ses peintures exposées il y a 15 jours à Béziers, le film « Tambien la lluvia » (Même la pluie) de Iciar Bollain m’a bouleversée…. En règle générale, choisir est un vrai dilemme car je suis ouverte à tout.

Quel est votre plat catalan préféré ?
Les boles de picoulats… un délice !
Mais aussi les joues de porc confites… et d’autres, beaucoup d’autres…

Quel est votre restaurant préféré ?
La Casa Dalie à Thuir

 

 

 

10 septembre 2016

"Avoir 20 ans"

Voici les textes sélectionné dans le recueil "Avoir 20 ans", rédigés en 2011-2012.

Le thème est simple : qu'est-ce qu'avoir 20 ans aujourd'hui, hier ou demain? En voici quelques uns. Bonne lecture!

Ces textes publiés sont portégés.

 

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Le sac d'un manifestant de 20 ans

Un sandwich au thon, un briquet, une bouteille d’eau fraîche, quelques slogans, quelques chants, un paquet de cigarette écrasé, un billet de 10 euros échappé d’un porte-monnaie, des pétitions, en vrac, des tracts, des idées pour reconstruire le monde, un porte-monnaie, des stylos sans capuchon, du carton, des autocollants «Contrat Précarité Extrême » , « Chirac, Villepin et Sarkozy, votre période d’essai est finie », un porte-voix, un portable, des rêves, un plan de métro de la ville de Paris, le programme de son parti, une utopie. Une carte du parti communiste, une carte d’identité.

 

Rythes et Itinéraire d'un adolescent

Il ouvre les yeux, en les gardant fermés. Puis, il se prépare. Et merde, encore une journée. Il s’observe curieusement dans le miroir. Il croit être son image, ses reflets. Il part de chez lui, à vélo, en bus, à pieds. Il se remémore toutes les matières de la journée. Il inventera encore une excuse pour son devoir inachevé. Des excuses. Il « tape la bise aux potes » devant le lycée. Aujourd’hui, cette jeune fille a mis un joli décolleté. Il demande la salle où il va s’ennuyer. Il avance, tête baissée. Il entre en cours à reculons. Il va directement s’asseoir au fond. Il regarde par la fenêtre et il semble attendre que le temps s’efface. Comment pourrait-il se sentir à sa place ?

(A la sonnerie, il se précipite dehors. Il allume sa première cigarette de la journée. Elle dépose sur ses lèvres un goût amer, entre deux bouchées de fumée. Il respire cette petite mort, il faut bien mourir un jour, autant la choisir. Il a commencé comme

tout le monde, pour paraître plus grand qu’il ne l’est, se donner un style, comme il dit. Il discute, il rigole, puis à la fin de cette parenthèse, il doit tout recommencer. Putain, ça fait chier.)

Après la sonnerie tant attendue, la cohue commence. Sortir, enfin.

Il retourne chez lui, en traînant le pas. Il mange des repas mal décongelés. Il fume encore une fois. Il part encore. A l’entrée, tout recommence. Il croise une amie, et lui raconte une histoire banale qu’il a dramatisée. Elle l’écoute avec attention, le conseil, le console. Elle sera toujours là pour lui, il le sait. Sa vie est tragique. Il est son propre personnage. Il traverse une crise de l’existence, personne ne le comprend. Personne, même pas elle, qui le regarde, droit dans les yeux. La sonnerie retentit. Allons-y !

Il s’enfonce dans les couloirs, jusqu’à atteindre la salle des profs. Il donne un devoir avec quatre jours de retard. Son ordinateur était en panne, vous comprenez ? Il retrouve ensuite ses potes, avec qui il se moque du monde. Serait-ce l’émergence de l’ironie ?

Puis, tout recommence. Tout recommence toujours. Existe-t-il un point final à cette période de merde dans la vie ? Il assiste enfin au dernier cours de la journée. Il dessine, fait des sudoku, des mots fléchés. Cinq lettres pour un roi célèbre...Charlemagne, ça ne rentre pas. Plus que quelques années à tirer, plus que quelques minutes avant la liberté. Ses yeux sont fixés sur le cadran de son portable, comme si le temps, en le regardant, allait s’éclipser. Il sort. Enfin. Il fume encore, mais pour s’évader. Il s’attarde avec quelques potes devant le lycée. Il rentre, fatigué. Il s’est « tapé des barres ».Il rentre chez lui. Il pose son sac sur la rambarde, son manteau sur le canapé, ses pieds sur la table. Il se fait gronder. Il dit que ce n’est pas de sa faute aussi, putain, il est fatigué, fais pas chier ! Il se sent agressé. Ses bras font barrage sur sa poitrine, sa figure se décompose. La tension monte. Elle lui crie qu’elle est sa mère, qu’il doit la respecter, qu’il ne faut pas lui parler comme cela. Mais pour qui tu te prends ?

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Il monte l’escalier, entre dans sa chambre s’enfermer. Il poste sur le net, les dernières photos de sa soirée trop arrosée. Il passe le temps, le dépense. Il envoie des textos : « cc ca vas toi ? Lol ». Il se fait appeler pour dîner. Il crie qu’il arrive, et il continue tranquillement sa discussion. Il se fait disputer. Il mange en silence. Il débarrasse la table. Il monte s’enfermer encore. Il fait ses devoirs à l’arrachée, Platon, il n’a pas tout « pigé ». Il lit. Il envoie un dernier texto. Il éteint, en pensant que demain tout va recommencer. Il s’endort. Il rêve. Au fond, il attend un ciel un plus dégagé.

Illusion (parler de ses 20 ans avec des infinitifs) :


Étudier.

Étudier, étudier, étudier, prendre le bus, prendre le train, marcher, courir, travailler, manger, dormir.

Rêver.

Étudier, travailler, dorm...travailler, prendre le train, courir, manger, courir, mémoriser, fermer les yeux, et...dormir. Se réveiller. Essayer de se rendormir. Avoir mal. S’étirer. Dormir, se réveiller. Petit déjeuner, et...

étudier, étudier, étu...STOP !

Penser, être, Se construire ?

Éclater, se rompre, vouloir tout quitter, partir. Partir. Mais, affronter, positiver, dédramatiser, trouver et embellir. Profiter. Prendre conscience.

Vouloir se construire.

Projeter, vouloir devenir, être et avancer. Penser. Réfléchir. Se donner un sens.

Oublier, pardonner, sourire, rire, pleurer, tout lâcher, se défaire, encore dépendre, se satisfaire, tomber amoureux, vouloir être heureux, apprendre, connaître sans jamais savoir, dire bonjour, au revoir. Passer, dépasser, se surpasser. Vouloir se libérer. Attendre. Expérimenter, essayer, tenter, se lancer. Comprendre.

Vouloir vivre...

Vivre.

 

31 août 2016

Interview de Sylvie Rodriguez

« La musique est le refuge de mon existence, elle est la compagne fidèle de mon âme, elle est l’écho de mes pensées, de mon être; sans elle, il ne peut y avoir de véritable respiration, avec elle simplement je suis… »

Sylvie Rodriguez est une auteure, compositeure, interprète et comédienne. Sa carrière atypique commence en 1988, lorsqu'elle participe à la tournée du «Trophée de la Chanson Française», en défendant la chanson "Pour ne pas Pleurer". En 1994, elle se produit régulièrement dans la région catalane, mais fait aussi escale à Biarritz, Barcelone ou encore, dans les Caraïbes. De ses débuts à aujourd'hui, Sylvie Rodriguez n'a cessé de vouloir partager son amour pour la vie et sa passion pour la musique avec son public, notamment à travers son spectacle "BOLEROS y OTROS" (2012). Elle sait transmettre son énergie et son authenticité sur la scène musicale comme sur la scène théâtrale. Touche-à-tout, elle a donné son corps et sa voix pour interpréter le personnage de Madame Chanel, dans la pièce 8 Femmes de Thomas Robert, mise en scène par Karim Arrim. 

Portrait de cette artiste aux multiples talents, mais aussi de la femme, touche-à-tout et sensible.

Sylvie Rodriguez - Dejame

Interview de Sylvie Rodriguez-Tsilla's universA quel âge avez-vous ressenti le besoin d’écrire ?

Vers l’âge de 18 ans

Quelles ont été vos sources d'inspiration ?

Les sources d’inspiration vont essentiellement puiser leur origine dans les thèmes ou sujets qui ont un contenu relevant de la « vérité » et qui peuvent me toucher directement ou indirectement. Je suis une personne sensible ainsi qu’émotive donc je m’appuis sur ces deux vecteurs qui sont le résultat de mon inspiration. La première fois où j’ai pris ma plume, j’étais une jeune adolescente qui n’a fait que relater ce que j’avais au plus profond de moi. L’envie d’écrire des chansons est venue un peu plus tard.

Interview de Sylvie Rodriguez-Tsilla's univers

Comment conciliez-vous votre passion et votre vie de femme?

Ma passion est toute ma vie donc elle me permet inéluctablement de m’épanouir dans ma vie de femme comme ma vie est toute ma passion. Sans la musique je n’ai pas d’oxygène avec elle, simplement je suis… D’autre part, les deux sont indissociables car elles se complètent et se rejoignent, elles sont mon équilibre.

Selon vous, quelle est l’image de la femme en ce 21° siècle ?

La femme du XXIème siècle à l’image d’une femme plurielle. Elle embrase une diversité de places et de statuts au sein de la société. Le statut de la femme a souvent au cours des siècles antérieurs été bafoué, dévalorisé ainsi que soumis à une supériorité. Aujourd’hui, elle est reconnue comme étant égale à l’homme, elle s’est émancipée et on parle aussi bien d’une femme d’affaire, que d’une femme politique ou encore d’une femme chercheuse dans le domaine scientifique.

 

Interview de Sylvie Rodriguez-Tsilla's universPartagez-vous avec vos proches ce que vous écrivez ?

Non.

Comment définiriez-vous votre style et s’est-il transformé au fil du temps ?

Il est évident qu’au fil du temps, l’écriture s’affine, les mots nous parlent davantage car à cela s’ajoute l’expérience de la vie. Par conséquent, notre regard change, il évolue et notre style est plus précis et moins hésitant sur la forme qu’on doit lui donner.

Son site : http://www.sylvierodriguez.com/

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16 août 2016

Ma présentation

Saluete,

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Je m'appelle Tsilla (non, ce n'est pas un pseudo). Peut-être me connaissez-vous sous le pseudo de Lilouze, Lilou Fantozzi, ou Skeeter. Je suis actuellement enseignante certifiée de Lettres Classiques (Français-Latin). Je suis ravie que vous lisiez ce blog et j'espère partager avec vous ma passion pour l'Art et l'univers Geek encore longtemps.

Parlons donc du blog, de quoi s'agit-il?

D'un blog personnel, proposant des critiques et des interviews d'une part, réalisées pour le site brevesdefemmes.info en 2012 et poursuivies depuis. Si vous écrivez (poésie, livres, fanfictions...) et que vous désirez une critique sur mon blog, ce sera avec plaisir.  D'autre part, je propose mes propres créations, graphiques, plastiques, et littéraires. 

J'aime lire, crayonner, écrire. Mes autres passions sont la Science (Philosophie, Sociologie, Histoire, Biologie), le Théâtre, le Sport (j'ai longtemps pratiqué l'Athlétisme et les Arts Martiaux) et bien sûr, tout ce qui concerne l'univers Geek ! Je suis une adepte des Jeux de Rôles, que je pratique sur papier, et même par internet.

Parlons donc un peu de moi...

Le plus important n'est pas de savoir qui je suis, mais ce que je fais. Plutôt que de vous dresser mon portrait, -pour cela vous pouvez écouter l'interview de RCF ou lire celle de Rêves et imagine et celle de Tsilla, je vais donc vous dévoiler mes projets aboutis. 

Mes publications scientifiques :

*Vous pourrez consulter les extraits de mon mémoire sur Kaamelott sous la direction de Michel Adroher : l'introduction, deux extraits de la première partie (sous-partie 1, sous-partie 2) et un extrait de la deuxième partie. Vous trouverez également divers articles rédigés durant mes études, ou pour les cours que je donne. 

Mes publications journalistiques :

*Depuis 2014, j'officie à La Gazette du Geek comme chroniqueuse et cheffe de rubrique (Littérature, Séries, Dossiers).

*En 2012, j'ai réalisé des interviews et des critiques littéraires pour le site brevesdefemmes.info

*En 2012, j'ai écrit des articles pour la société "20 ans" (vous savez, cette pile de journeaux "Oulala" "Histoires vécues"... que vous trouvez chez tous les marchands de journeaux) : jeux, témoignages, articles people, horoscope (et oui, je peux prédire votre avenir!)

Mes publications littéraires :

*Des cendres dans les bulles, roman jeunesse sur la vie de trois adolescentes : Emma, Danièle et Elise. 

*Les extraordinnaires aventures de Monsieur Fessedephoque, roman jeunesse sur un méchant raté (Monsieur Fessedephoque) dont la vie basculera après un évènement bouleversant.

*Une de mes nouvelles, "Résurrection" a été publiée sur le blog de Michèle Bayar

*J'ai participé à des ateliers d'écriture autours du conte à L'université Versailles St-Quentin en 2012. Grâce à Michèle, notre intervenante, j'ai écrit  La canne, le balai et la machine (un conte sur les aveugles) et une réécriture de Blanche-Neige. 

*Une dizaine de mes textes ont été selectionnés et publiés pour le receuil Avoir 20 ans, réalisé dans le cadre d'atelier d'écriture par l'Université Versailles St-Quentin pour les 20 ans de l'université. Ils sont en ligne sur ce blog.

*Je suis l'auteure de 18 fanfictions (que vous trouverez résumées en détail et présentées sur ce blog). Ces fanfictions portent sur l'univers d'Harry Potter, que j'adore. 

Mes publications graphiques : 

*J'ai été publié des caricatures "Les perles de la vie étudiantes" et "La vie célèbre des champignons historiques" dans le journal de l'Agora, publié par l'association étudiante Agora à l'université Versailles Saint-Quentin. 

*Tous les dessins, tableaux, etc. que vous trouverez sur ce blog dans la rubrique prévue à cet effet.

Les vidéos Youtube :

*Les débats du soir : Des débats entre amis sur la chaîne Youtube de la Gazette du Geek.

*Omega Zone : Un super JDR orchestré et imaginé par Ragnir, notre maître du jeu. 

*"How I met your Jesus" Réalisé et monté par Etienne Castelein, scénarisé par Jonathan Caplain, mis en scène par Jaoued Saoudik, avec Pierre-Alexandre Bourson, Jonathan Caplain, Justine Focachon, Guillaume Focachon, Steeve Henry, Clémence Menu.

*"The walking live" Réalisé et monté par Etienne Castelein, scénarisé par Jonathan Caplain, mis en scène par Jaoued Saoudik

Tous les articles de mon blog ont été intégralement relus et corrigés par Magdeleine Goutierre.

 Je vous souhaite longue vie et prospérité !

20 mai 2016

Mémoire sur Kaamelott, Les muances du Graal (extrait de la première partie)

B . Le Graal : visions des personnages

        S'il existe donc des muances objectives du Graal, chaque personnage a sa propre vision de l'objet sacré. Idéalisé, désacralisée, réduit à un bocal à anchois, le Graal prend autant de formes que les personnages lui prêtent. Comme dans les textes médiévaux, le Graal apparaît différemment à chaque personnage. Dans le Lancelot en prose,[1]Lancelot et Bohort voient le même objet sacré, mais dans un contexte différent. Lancelot l'aperçoit chez le Roi pêcheur, tandis que Bohort le contemple durant un office. Dans Kaamelott, aucun personnage ne voit jamais le Graal, pourtant, chacun en a sa propre vision. Elle est le reflet de leur personnalité. Tous les personnages sont à la fois médiocres et extraordinaires. Certains possèdent des dons, utiles dans la vie quotidienne, mais sans valeur pour la quête du Graal. Par exemple, Perceval est un génie des mathématiques, mais ses techniques de combat sont douteuses. Comme Rabelais, Astier semble articuler l'esthétique de son œuvre en alliant grotesque et sublime, mais aussi, ironie, comédie et drames. Le Graal est donc à la fois un objet tragique, comique ou dramatique.

Kaamelott du Graal au JDR Gazette du Geek (11)

3.  Les femmes : le miroir de leurs ambitions

            L'enjeu de la quête du Graal pour les femmes du royaume de Kaamelott est à la fois politique et sociale, puisque la place de reine revient à celle dont le mari est le roi. Arthur est roi de Bretagne car il a notamment fédéré l'ensemble des clans bretons autour de la quête du Graal.[1]Il est aussi roi, car il a épousé la princesse de Carmélide, et sa disparition dans le quatrième livre émeut le royaume tout entier. La reine tient une place centrale dans cette administration. Elle doit avoir de la prestance, être sur le trône et faire un héritier au roi.[2]Comme le Graal, l'enfant d'Arthur permettrait à ce dernier de légitimer son pouvoir et d'asseoir celui de sa reine. Pour les femmes, l'enjeu est donc double : il faut être femme du roi et mère de l'héritier pour jouir pleinement de ce statut social et du pouvoir qui lui incombe. En outre, si la reine n'a pas le droit de prendre la place du roi, elle peut néanmoins choisir qui devient régent du royaume.[3]Chaque femme de la série a son propre point de vue sur la quête du Graal et sur sa maternité, qu'elle soit maîtresse ou reine, cette vision a son importance dans  Kaamelott.             

            Guenièvre est une reine qui n'a pas sa place aux côté d'un roi, car elle n'a aucun charisme et aucune prestance, comme le souligne péjorativement sa propre mère.[4]Contrairement à Mevanwi, le pouvoir et les affaires du Royaume ne l'intéressent en rien. Au contraire, elle trouve que sa vie de reine est pénible et ennuyeuse.[5]Comme Aliénor d'Aquitaine, Guenièvre est sensible à l'Art, et invite des troubadours à sa table.[6]Elle aime également la sculpture romaine,[7] et donne au moins une représentation théâtrale.[8]Guenièvre se comporte typiquement comme une noble Dame du moyen-âge,[9] et cet aspect est tourné en dérision dans la série, son personnage en est même une caricature. Elle s'occupe peu des affaires du royaume et ne sait pas non plus s'occuper d'elle. Elle a, par exemple, besoin d'une servante pour se coiffer et s'habiller du premier au quatrième livre.[10]

            Pourtant, le personnage évolue et devient de plus en plus autonome. Dans le Livre V, elle sait faire du feu et piéger des oiseaux, ce qui n'est pas très utile dans un château, mais pratique pour partir à l'aventure. Au demeurant, elle est l'un de seuls personnages capable d'arpenter les chemins de la quête d'Arthur, alors qu'elle n'est pas chevalier. Ensuite, Guenièvre est en quête de liberté, et elle n'a pas besoin de partir en quête du Graal pour l'accomplir. Elle quitte Arthur à la fin du troisième livre, et tente l'aventure avec Lancelot. Cependant, sa romance adultérine est un échec, puisque ni elle, ni Lancelot ne consomme cette union, car ils ne savent pas comment le faire.[11]De plus,  la réalité de la vie dans le camp militaire n'est pas à la hauteur de ses fantasmagories.[12]Elle s'imaginait aussi que son amant ne s'occuperait plus de la quête du Graal, et elle est déçue qu'il y prenne part. Enfin, Lancelot la prive de toute liberté, et lorsque Arthur vient la délivrer, il la trouve attachée à son lit : « Je vous quitte pour être plus libre et vous me retrouvez attachée comme un saucisson ».[13]Cette image est une métaphore de sa relation avec Lancelot : elle se croyait aimée et libre, elle était en fait assujettie. Son idylle rêvée d'une vie aventureuse auprès d'un chevalier servant aux cheveux blonds, n'était qu'un fantasme.
            Enfin, sous ses airs enfantins, Guenièvre est extrêmement lucide. Elle affirme notamment à Arthur que ses réunions de la Table Ronde sont vaines[14] et que Calogrenant est un abruti.[15]

            Elle sait que la Quête du Graal est stérile, tout comme sa relation avec Arthur : « Je voulais savoir pourquoi vous laissiez tous vos chevaliers former des clans séparatistes, alors que l’une de vos plus importantes missions a toujours été de fédérer les clans existants autour de votre royaume et de la quête du Graal ? ... ».[16]La reine explique aussi au roi : « Un jour, vous comprendrez peut-être que vous êtes tout simplement incapable d'être amoureux. Ni de moi, ni des autres... ».[17]Elle préfère d'ailleurs accompagner Arthur dans la quête de ses enfants illégitimes, que dans la quête du Graal.

            Elle n'est pas une  dirigeante née, néanmoins, elle est bienveillante. Si Arthur critique et se moque de cet aspect de sa personnalité dans le premier livre, il en est agréablement surpris dans le Livre V, lorsqu'il lui demande : « Mais vous vous êtes toujours occupée de moi comme ça ? ».[18]Sa principale qualité est aussi son principal défaut. Le roi ne pouvait pas le remarquer avant, car il ne percevait pas la Reine comme un adjuvant à sa quête, mais comme l'un de ses nombreux opposants. Quand Arthur change de quête, qu'il décide de partir à la recherche non plus du Graal, mais de ses enfants, le statut de Guenièvre évolue alors. Elle l'encourage à la poursuivre malgré son échec.  
           

            D'ailleurs, elle ne tombe jamais enceinte dans la série car Arthur ne la touche pas. Pourtant, dans la légende, Guenièvre est stérile. Dans l'incipit du Conte du Graal, un chevalier vient d'ailleurs lui renverser de l'eau sur la tête. L'eau est le symbole de la fécondité. En accomplissant cet acte, il démontre qu'elle n'est pas fertile. Alexandre Astier a choisi d'inverser les rôles dans Kaamelott : ce n'est pas Guenièvre qui est stérile, mais le roi lui-même. De plus, dans la légende, la reine ne prend jamais part à une aucune quête, puisqu'elle reflète ; dans les récits de Chrétien de Troyes en particulier, un idéal de beauté courtoise.[19]Elle apparaît comme une tentatrice dans le récit de Robert de Boron.[20]Dans la série, elle est en quête de liberté, et elle finit même par devenir une adjuvante à la quête d'Arthur.[21]Guenièvre n'est pas chevalier, mais elle a finalement autant voire plus de compétences qu'eux, tout comme sa mère, Dame Séli.
            Dame Séli, est l'un des personnages inventé par Alexandre Astier. Dame Séli n'est pas intéressée par la quête du Graal, seul l'argent et le pouvoir sont dans l'ordre de ses priorités. Pour cette raison, elle demande à Merlin de concocter un filtre de fécondité qu'elle donne à boire au roi.[22]Elle prépare aussi des tartes immondes pour les petits-enfants qu'elle aimerait avoir.[23]Ses tentatives sont des échecs. Les femmes n'ont pas le droit officiel de gouverner, pourtant, certaines se l'approprient officieusement, comme elle.  Elle se considère comme le chef d'état officieux de Carmélide[24] et n'hésite pas à réclamer une rançon pour sa fille en feignant son enlèvement.[25]Séli est probablement le personnage le plus lucide et le plus arriviste de Kaamelott. Au lieu de participer aux différentes quêtes, elle trouve le moyen d'en profiter et d'en faire profiter sa famille. Elle a tenté d'éduquer sa fille selon les préceptes pictes. Leur société était matrilinéaire : le pouvoir se transmettait par la femme, et celle-ci, comme les femmes celtes, étaient des guerrières, plus libres et plus respectées que les femmes françaises au XIXe siècle.[26] Enfin, Séli, comme Ygerne et Cryda de Tintagel, est un personnage qui tenterait d'enrayer la déliquescence du royaume de Kaamelott.
            La mère d'Arthur, et sa tante de Tintagel, sont insupportables. Ygerne est effrayante[27] et Cryda méprisante.[28]Seule Séli les apprécie.[29]Toutes deux dirigent d'une main de fer la Cornouaille.  Cantonnées à un rôle minime dans les trois premières saisons, les deux comparses prennent de l'importance dans la cinquième. Effectivement, aidées par Dame Séli, elles incitent Arthur à replanter l'épée et à épouser Mevanwi. Ces actes auraient pour conséquence qu'Arthur abandonnerait non seulement le trône, mais aussi Mevanwi. Pourtant, dans de nombreuses œuvres littéraires médiévales, la mère d'Arthur joue un rôle peu important, tout comme sa tante. Ygerne apparaît pour la première fois dans le manuscrit Culhwch et Olwen,[30] sous le nom d'Eigyr. Son histoire personnelle est davantage développée dans l'Historia Regum Britaniae. Celle-ci commence un jour de fête. Au cours d'une fête de Noël, Uther Pendagron rencontre la jeune femme mariée au duc de Cornouailles et en tombe amoureux. Il se confie à son cousin Urfin qui lui conseille de la séduire. Le duc de Cornouailles n'appréciant pas que sa femme soit ainsi courtisée, déclare la guerre à Uther Pendragon. Merlin se présente alors au roi et l'aide à connaître charnellement la duchesse grâce à un sortilège[31] qui lui donne l'apparence du duc. En échange, l'enchanteur demande la faveur d'élever l'enfant, qui naîtrait de cette union. Ygerne n'est pas informée du subterfuge et ne revoit son fils qu'à l'aube de son couronnement.

            Ygerne est un personnage féminin typiquement médiéval. La femme, dans les récits quêtes du Graal, possède souvent des dons divins ou magiques. Elle est en effet une fée, ou une sorcière. Elle peut avoir plusieurs fonctions : soigneur, tentatrice diabolique ou passeur entre les deux mondes. La Dame du Lac, Morgane, Iseult et sa mère, sont d'ailleurs des fées, des magiciennes aux pouvoirs enchanteurs.[32]Dans Kaamelott, Ygerne possède le pouvoir de rentrer en communication avec Pendagron, son défunt amant.[33]Dans l'Historia Regum Britaniae, Ygerne a des dons de voyance. Ygerne a passé toute son enfance à Avalon,[34] les îles fortunées, où les morts se prélassent dans une opulence pareille à celle décrite dans le mythe de l'âge d'or. Elle appartient donc à deux mondes : celui des morts et celui des vivants. En cela, la mère d'Arthur, mais aussi l'une de ses compagnes, Mevanwi,[35] sont donc des archétypes des personnages féminins de la légende arthurienne.

            Mevanwi est la plus machiavélique des femmes. Son personnage prend de l'ampleur dès le troisième Livre. Épouse de Karadoc, elle a déjà quatre enfants de ce dernier. Cependant, elle convoite le roi et le pouvoir royal. Elle séduit Arthur, et tente par tous les moyens de légaliser et légitimer leur union dès lors que Guenièvre s'est enfuit du château.[36]Grâce à une ancienne loi de Vannes, elle y parvient.[37]Pourtant, Arthur la répudie lors d'une séance de doléances : « Faites tout ce que vous pouvez pour pas m'en vouloir », la supplie-t-il.[38] Mevanwi, blessée, tente de reprendre le pouvoir grâce aux enseignements qu'elle a reçus d'Elias.[39]Elle essaye notamment de faire boire à Guenièvre et Arthur une potion empoisonnée.[40]Son attrait pour le pouvoir est donc matérialisé par son propre cheminement : de femme de chevalier, elle devient reine, puis une magicienne puissante. Ce personnage, par ses agissements, n'est pas sans rappeler celui de Médée : une magicienne trompée et trahie, prête à tout pour récupérer sa place auprès de l'homme qu'elle aime et se venger de l'affront qu'elle a subi. Finalement, elle séduit le jurisconsulte et fait disparaître, sous ses yeux et dans son lit, l'annulation de l'acte de l'échange d'épouse. « Vous êtes vraiment une grosse morue ! » s'exclame-t-il alors.[41]Elle redevient ainsi reine et place Karadoc à la tête du royaume. Comme Séli, elle dirige le royaume de façon officieuse. Mevanwi tient un rôle important dans cette histoire, car elle participe à la déchéance du royaume. Elle tient, de plus, un rôle essentiel dans la vie du souverain. Même si leur relation est avortée car déplaisante pour les Dieux, elle n'en demeure pas moins primordiale pour Arthur qui éprouve des sentiments sincères à son égard. L'échec de leur union matérialise le désespoir du roi et le pousse à délaisser la quête du Graal et le pouvoir, pour réaliser sa propre quête. Puisque ses mariages sont stériles, le roi part en quête de ses enfants illégitimes, autrement dit, ceux qu'il aurait pu concevoir avec ses maîtresses.     
            Les maîtresses d'Arthur sont nombreuses, et attirées par la richesse. Elles sont aussi toutes en quête d'un statut social,[42] sauf Azénor[43] qui est kleptomane, Madenn, dont les parents sont des paysans aisés,[44] et les servantes du château.[45]Demetra, Aelis et sa sœur, les jumelles du pêcheur, ou encore Azénor sont les maîtresses officielles, mais le roi a aussi des aventures avec d'autres jeunes femmes, comme Madenn, ou les servantes. Les maîtresses entretiennent des relations amicales avec Guenièvre. Elles sont à la fois amies et rivales.[46] Elles expliquent même à Guenièvre comment faire des enfants. Aucune d'entre elles ne se montre intéressée par la quête du Graal, et elles ne veulent pas d'enfant du roi,[47] jusqu'à ce que la place sur le trône se libère.[48] Demetra réunit alors Aelis et les jumelles du pêcheur pour leur dévoiler son stratagème afin de devenir reine. Une fois partie, Aelis à son tour exposera son plan. Enfin seules, les jumelles du pêcheur tiennent le même discours que leurs deux rivales. L'héritier et le pouvoir sont au cœur de leur discours. Néanmoins, leurs plans ne se concrétiseraient pas puisque Mevanwi parvient dans le quatrième livre à légitimer son union avec Arthur, écartant ainsi les jumelles du pêcheur et Demetra. Par la suite, dans le cinquième livre, les jumelles du pêcheur demeurent introuvables, tandis que Demetra est devenue la femme d'Yvain, dans le seul but d'accéder au statut social de femme de chef de clan. Aelis, quant à elle, essaie de séduire Karadoc et d'obtenir davantage de pouvoir. Le chevalier trouve que cette situation n'est pas désagréable, et il croit ainsi imiter Arthur, qui avait l'habitude de prendre des bains avec ses maîtresses. Les maîtresses ne se fichent pas de la quête du Graal, mais comme Séli ou Mevanwi, elle est dans leur optique, le reflet de leur propre ambition. 

            Toutes ces femmes ont le « type romain ».[49]Leur beauté latine s'oppose à celles encensées par Chrétien de Troyes et ses contemporains, comme Enide, Guenièvre ou Iseult, blonde, la peau claire, les yeux vairs, le cou gracile, les joues et les lèvres pareils à des boutons de roses. Toutes les maîtresses d'Arthur ressemblent à Aconia, son amour perdu.  Arthur désire plusieurs femmes, mais toutes ces années, il n'en a aimé qu'une seule et a tenté de la retrouver à travers ses conquêtes. D'ailleurs, l'amour qu'il porte à Mevanwi n'est peut-être pas aussi fort que celui qu'il porte à Aconia. Il a défié les Dieux en se mariant avec Aconia, il a renoncé à Mevanwi pour apaiser leur colère. Guenièvre a donc raison lorsqu'elle affirme qu'Arthur ne peut aimer personne. Son cœur est toujours pris. 

            La place des femmes est donc centrale dans la quête du Graal. Paradoxalement, pour les femmes, la quête du Graal est donc plus importante qu'elle ne l'est pour certains chevaliers. Effectivement, la quête du Graal représente davantage pour elles dans une société où elles ne peuvent accéder au pouvoir de façon officieuse que grâce à l'argent et à leur statut. La quête des femmes de Kaamelott n'est peut-être pas si différente des femmes d'aujourd'hui : chacune rêve de liberté, d'autonomie, d'indépendance, de puissance, et toutes sont prêtes à tout pour parvenir à leur fin. 




[1]D'ailleurs, Arthur dit à Guenièvre dans Le passage secret, Livre II : « C’est parce que je cherche le Graal que je suis Roi, et du coup vous êtes Reine. Si je cherchais pas le Graal vous seriez encore en Carmélide  en train de torcher le cul des vaches dans une des fermes de votre con de père ! »

[2]D'après Dame Séli dans le Livre IV, Tous les matins du monde, 2ème partie, M6 Vidéo, 26/09/2007

[3]D'après la Loi : « « Sera roi celui qui réussira à retirer l'épée du rocher. Si le roi lui-même échoue à la récupérer et que personne d'autre n'y arrive, faute d'héritier mâle en âge de gouverner (14 ans ou plus), la reine devra alors nommer un régent (les femmes n'ayant pas le droit de gouverner à Kaamelott) ».

[4]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Tous les matins du monde, 2ème partie, M6 Vidéo, 26/09/2007

[5]Comme elle l'affirme dans le Livre I, La pâte d'amande : « ma vie, c’était de la merde, vous entendez ?! Recevoir le chef de ci, le roi de mi, toujours polie, toujours bien mise, le symbole de la nation bretonne, ha ! Il en faut bien des compensations pour encaisser toute ces conneries hein! Toujours s’occuper de tout, pis surtout de vous, parce que vous avez des responsabilités! Et qui s’occupe de moi pendant c’temps?! […] J’ai pas d’amis, pas de loisirs... Comme vous me touchez pas, les choses de l’amour je m’assois dessus, et je parle au figuré. »

[6]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, Des nouvelles du monde, M6 Vidéo, 28/09/2005

[7]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, Le discobole, M6 Vidéo, 28/09/2005

[8]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre III, Guenièvre et Euripide, M6 Vidéo, 08/11/2006

[9]D'après Sophie Cassagne-Brouquet, La vie des femmes au Moyen âge, éditions Ouest-France, histoire (coll.), Evreux, 2009, 2010. et Jean Verdon, La femme au Moyen âge, éditions Jean-Paul Gisserot, histoire (coll.), 1999, 2006 (7ème réed.),  Cet aspect de sa personnalité reflète une réalité historique : les femmes, au moyen-âge, étaient courtisées par les poètes et les troubadours, car elles administraient souvent la vie culturelle du château. À travers les louanges des personnages féminins, les poètes faisait en fait des éloges des Dames qui les accueillaient et les nourrissaient.

[10]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Les bonnes, M6 Vidéo, 26/09/2007

[11]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Les novices, M6 Vidéo, 26/09/2007

[12]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Une vie simple, M6 Vidéo, 26/09/2007

[13]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Le sauvetage, M6 Vidéo, 26/09/2007

[14]Alexandre Astier (real.), Kaamelott,Livre III, Au bonheur des dames, M6 Vidéo, 08/11/2006

[15]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, Le secret de Lancelot, M6 Vidéo, 28/09/2005

[16]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre V, Les exilés, M6 Vidéo, 19/11/2008

[17]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre II, L'enragé, M6 Vidéo, 14/06/2006

[18]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre V, Le garçon qui criait au loup, M6 Vidéo, 19/11/2008

[19]Bernard Felix, En quête du Graal, Aubéron, 2003, Mayenne, p13-90

[20]Bernard Felix, En quête du Graal, Aubéron, 2003, Mayenne, p13-90

[21]D'après Jean Verdon, La femme au Moyen âge, éditions Jean-Paul Gisserot, histoire (coll.), 1999, 2006 (7ème réed.), les femmes pouvaient, au Moyen-âge, défendre les châteaux en l'absence de leurs maris et choisir, comme dans la série, l'homme qui détiendrait le pouvoir, mais elles n'étaient pas chevaliers pour autant

[22]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, La potion de fécondité, M6 Vidéo, 28/09/2005 et Alexandre Astier (real.), Kaamelott,Livre III, La potion de fécondité II, M6 Vidéo, 08/11/2006

[23]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, La tarte aux myrtilles, M6 Vidéo, 28/09/2005

[24]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Tous les matins du monde, 2ème partie, M6 Vidéo, 26/09/2007

[25]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre II, L'enlèvement de Guenièvre, M6 Vidéo, 14/06/2006

[26]Henri Bubert, Les celtes, Albin michel, coll. « Bibliothèque de l'Evolution de l'Humanité », 2001

[27]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, La visite d'Ygerne, M6 Vidéo, 28/09/2005 et Alexandre Astier (real.), Kaamelott,Livre III, La veillée, M6 Vidéo, 08/11/2006

[28]Alexandre Astier (real.), Kaamelott,Livre III, Cryda de Tintagel, M6 Vidéo, 08/11/2006

[29]Ibid

[30]Charlotte Guest, Culhwch ac Olwen, sur http://www.ancienttexts.org/library/celtic/ctexts/culhwch.html

[31]Dans Kaamelott, ce sera une potion de polymorphie dans le Livre I, La potion de Polymorphie

[32]Anne Berthelot (dir.), La légende du roi Arhtur, Éditions du Chêne, Hachette Livres, 2004

[33]Astier (real.), Kaamelott,Livre III, La veillée, M6 Vidéo, 08/11/2006

[34]Rappelons, d'ailleurs, qu' « avaler » signifie « descendre » en ancien français. Les îles d'Avalon seraient non seulement des réminiscences de l'imagerie de l'âge d'Or, mais aussi un paradis dans lequel les âmes mortes demeurent, comme celle d'Arthur après sa disparition dans La mort du Roi Arthur. D'après Anne Berthelot (dir.), La légende du roi Arhtur, Éditions du Chêne, Hachette Livres, 2004

[35]Dans la série Merlin, Mevanwi est la sœur jumelle de Merlin.

[36]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, La faute Ière partie, M6 Vidéo, 26/09/2007 et  Livre IV, La faute 2ème partie, M6 Vidéo, 26/09/2007

[37]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, L'échange Ière partie, M6 Vidéo, 26/09/2007 et  Livre IV, L'échange 2ème partie, M6 Vidéo, 26/09/2007

[38]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Le renoncement, 2ème partie, M6 Vidéo, 26/09/2007

[39]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre V, Corvus corone, M6 Vidéo, 19/11/2008

[40]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre V, Le dernier jour, M6 Vidéo, 19/11/2008

[41]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre V, Le phare, M6 Vidéo, 19/11/2008

[42]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre V, Le phare, M6 Vidéo, 19/11/2008

[43]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, Azenor, M6 Vidéo, 28/09/2005 et  Livre I, La kleptomane, M6 Vidéo, 28/09/2005

[44]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, La coccinelle de Madenn, M6 Vidéo, 28/09/2005

[45]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Tous les matins du monde 1ère partie, M6 Vidéo, 26/09/2007

[46]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre II, La joute ancilliaire,M6 Vidéo, 14/06/2006

[47]Alexandre Astier (real.), Kaamelott,Livre III, La ronde II, M6 Vidéo, 08/11/2006

[48]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre IV, Les liaisons dangereuses, M6 Vidéo, 26/09/2007

[49]Astier (real.), Kaamelott,Livre III, Les cheveux noirs, M6 Vidéo, 08/11/2006

17 mai 2016

Mémoire sur Kaamelott, Les muances du Graal (extrait de la première partie)

I . Les muances du Graal dans Kaamelott :

A . Le Graal : définition

           

Kaamelott du Graal au JDR Gazette du Geek (07)Le Graal est un objet syncrétique, qui a plusieurs identités que nous analyserons (partie 1). Il a aussi plusieurs formes (partie 2).

1 . Syncrétisme du Graal       

            Le mythe du Graal, dans l'Histoire, résulte d'un syncrétisme des mythes, des légendes et des religions. Le Graal de la shortcom est quant à lui originellement celte. Sa quête est ordonnée par Viviane, qui apparaît comme une divinité celte. Cependant, la quête est confiée à un celte élevé comme un romain, dont le royaume est en voie de christianisation. En effet, Arthur est  le digne héritier d'Uther Pendagron, mais il a grandi à Rome, dans un Empire en déclin, en proie aux invasions barbares. Ces dernières ont une réalité historique : elles se sont produites entre le IV et VI e siècle. Le royaume de Kaamelott apparaît dès lors comme un carrefour fictif des civilisations et des croyances, qui trouve un échos dans notre Histoire.

            Par ailleurs, la chronologie, dans Kaamelott, est plus mythique que réaliste. Cette mythification contribue paradoxalement à la désacralisation du Graal et de sa quête. Alors que les chevaliers partent en missions ou en voyages, la quête du Graal entreprise par Arthur, évolue nullement, comme si elle avait été figée dans le temps. Elle semble ne jamais ne se finir.

            De plus, les quêtes du Graal entreprises par Lancelot à la fin du Livre III, et les autres chevaliers dès le début du Livre V, créent une multiplication des intrigues, mais aussi des points de vue. En fait, le contexte mythique et historique permet de mettre à distance la fiction de la réalité. Le monde arthurien, dans Kaamelott, est enrichi par des références historiques, géographiques, légendaires et culturelles. Déterminer sa chronologie est impossible :

« Si la chronologie de Kaamelott est étonnement précise sur certains points, elle n’en est pas pour autant totalement exacte ou crédible, et les durées que l’on devine pour les différents Livres peuvent parfois se trouver contradiction avec l’histoire. [...] les longues durées de navigation et de voyage pour se rendre en Bretagne apparaissent comme bien plus rapide qu’elles ne devraient l’être en réalité. […] si les dates que l’on peut déduire de la série sont en apparences justes et cohérentes tant dans l’histoire que dans l’Histoire, elles ne sont confirmées que par quelques allusions indirectes et par l’observation de l’écoulement des saisons. Dès lors que l’on entre dans le détail des durées de voyages, des irrégularités apparaissent, comme si les durées réelles étaient en fait bien plus longues, avec de nombreuses ellipses… » (sic.)[1]

            La variété des traditions et des religions coexistent dans l'univers de Kaamelott, comme dans la réalité historique. D'ailleurs, le syncrétisme du Graal a été utilisé à des fins religieuses et politiques.[2]Par exemple, Joseph d'Arimathie est figuré, sur les vitraux de l'Eglise Saint Onenne à Tréhorenteuc, recueillant le sang de Jésus cloué sur la croix. Il tient entre ses mains une coupe, le Graal, lequel est le centre du vitrail, entouré de motifs qui le mettent en relief.[3]À l'époque, cette représentation desservit la christianisation, car elle reprenait des symboles celtes en leur donnant une signification chrétienne. L'objet mythique a aussi été utilisé comme un instrument politique. Il a notamment permis de fédérer anglo-saxons et normands sous la bannière de Guillaume le conquérant.

            Ces aspects ont été transposés dans la série Kaamelott. Par exemple, Perceval trouve les clous de la Sainte-Croix et le Saint-Suaire : « Arthur (à Perceval) : Le Saint-Suaire ? Vous avez foutu en l'air le Saint-Suaire ? ».[4]La religion chrétienne occupe une place importante. Elle est notamment représentée par un inquisiteur joué par Elie Semoun, et un prêtre, le Père Blaise, incarné par Jean-Robert Lombard, qui transcrit les aventures des chevaliers. Selon eux, le Graal serait le récipient qui a contenu le sang du Christ. Si le père Blaise matérialise la présence de l'Eglise chrétienne, l'inquisiteur incarne quant à lui la folie des clercs, qui, sous couvert d'accomplir la volonté de Dieu, massacrent des innocents. A travers leurs agissements, Alexandre Astier dénonce l'hypocrisie de l'Eglise. Dans une scène, l'inquisiteur fait signer à Arthur une loi pour la monogamie, tout en lui expliquant qu'il n'aura qu'à se confesser pour ne pas changer ses habitudes polygames.[5]Ce personnage caricature de façon satirique une réalité historique : celle des croisades et de l'inquisition.[6]L'inquisiteur affirme à Arthur que tuer son prochain est criminel, mais qu'il est paradoxalement légitime de le faire pour accomplir la quête du Graal : « Le Graal ? Ah c’est bien ça, le Graal ! Ben ça y faut m’le dire avant ! Le graal, ça c’est bien, c’est bon ! Même si y’a des gens qui vous barrent la route, vous pouvez les mettre au bûcher par exemple. Vous en brûler quelques-uns…Là, vous pouvez être... La cruauté ! Ça s’est bien, ça c’est bon ! ».[7]La vision que donne ce personnage du Graal est donc ironique et hypocrite.

            Cependant, le Roi ne semble pas adhérer à cette conception de la spiritualité puisqu'il prie les Dieux romains (Livre IV et Livre VI).[8]D'ailleurs, dans les récits médiévaux, Arthur était : « un valeureux guerrier, libérateur Celte et gardien de la civilisation romaine et chrétienne ».[9]Comme le Graal, Arthur est un personnage syncrétique. En effet, le roi Arthur, comme le souligne Anne Berthelot, est avant tout une figure mythique :

 

 « Même s'il a existé un hypothétique « roi Arthur » serait-il conforme à l'image que donnent de lui les plus anciens textes ? Serait-il, en particulier, un souverain chrétien, alors que la plupart des sources historiques suggèrent que le christianisme est loin de l'avoir emporté en Grande-Bretagne vers la fin du Ve siècle ? Ou bien serait-il le bras armé d'une aristocratie païenne, voire de la caste des druides, si influents dans les sociétés celtiques ? Ou encore, pourquoi pas, un adorateur de Mithra, le dieu des soldats romains qui a semblé un temps devoir l'emporter sur le dieu chrétien dans l'empire ? (…) Il n'y a pas et il n'y aura sans doute jamais de réponses à ces questions. Peu importe, d'ailleurs, si un Arthur historique a existé : ce qui est certain, c'est qu'il a existé, et qu'il existe encore une figure littéraire de proportions légendaires, autour de laquelle se sont greffés toutes sortes de motifs et de séquences relevant de traditions très variées ».[10]

 

            Sa supposée tombe a été retrouvée à proximité de l'abbaye de Glastonbury. L'épitaphe mentionne Arthur et sa seconde femme, Wenneroria. Si l'hypothétique véritable roi Arthur a donc eu deux épouses comme dans la série, pour autant, Arthur n'aurait jamais été roi de Bretagne, mais Dux bellorum Britaniae ou chef de guerre. Le mot « dux » a d'ailleurs donné « duc » en français. Dans le Bas-Empire romain,  « dux » est un grade militaire. Le Dux bellorum, ou le chef de guerre, avait pour fonction d'administrer une tribu ou une région. Il pouvait aussi commander les troupes de garnisons. Arthur aurait pu être un chef de guerre qui aurait constitué ses propres troupes et vaincu les invasions barbares sous l'égide des Bretons. Arthur n'est donc probablement jamais devenu roi, ou chef de clan. D'autre part, il existerait plusieurs Arthur. D'après la théorie de Kemp Malone, Arthur serait en fait le chef de guerre Lucius Artorius Castus. Pour Geoffrey Ashe et Léon Fleuriot, Arthur est en fait Riothamus, un chef qui aurait été couronné « Roi des Bretons ». Quant à C. Scott Littleton et Linda A. Malcor, ils  affirment que le Roi Arthur est la synthèse de Riothamus et Lucius Artorius Castus. Peut-être, Arthur était-il en fait le dernier roi silurien, comme le prétend Withaer. Arthur pourrait aussi désigner l'ensemble des chefs celtiques qui se sont battus à cette époque pour défendre le Territoire des invasions barbares.[11] Si tous les historiens mentionnent Arthur en fondant leurs théories sur des preuves archéologiques, ou les textes de Geoffrey de Moumouth et Nennius,  aucun ne mentionne la quête du Graal. Peut-être existe-t-il, finalement, autant de quêtes du Graal possibles qu'il a existé d'hypothétiques rois Arthur. 

            Alexandre Astier s'est laissé séduire par la complexité du personnage historique et romanesque, ainsi que par celle du Graal. Le créateur de la série aurait pu choisir une interprétation, parmi celles déjà existantes, du Graal et de la Légende arthurienne. Toutefois, il a préféré traiter ces motifs tels qu'ils sont dans notre réalité historique : anachroniques, mythiques, syncrétiques. Il n'a pas donné une identité spécifique à son roi et au Graal, il leur en a conféré plusieurs. En outre, l'histoire de Kaamelott lui permettait de traiter ces motifs sous l'angle du déracinement, et d'inventer sa propre version de la légende : « Ce qui fait très envie après le drame de la saison 5, c'est de donner un background à tous ces mecs-là, notamment à Arthur ». Il s'agissait de raconter, dans le prequelle[12] comment le roi a acquis le pouvoir et comment il est devenu l'ordonnateur d'une quête qui lui est destinée, mais qui n'est pas la sienne. La quête du Graal  devait permettre au roi de bâtir un monde nouveau, et de fonder une nouvelle aire : « D'un coup il y a un nouveau monde à créer », mais aussi d'évoquer le monde qu'il a abandonné. Il vient d'un « pays où il fait chaud » et part vers « le pays où il fait froid. (…) Il s'agissait de projeter ce mec-là dans un monde qui n'est pas le sien ».[13]

            Comme le Graal, Arthur est donc profondément déraciné. Le roi ne sait plus d'où il vient, ni qui il est, et il évolue dans un monde qui n'est pas le sien. Finalement, le Graal est à l'image de son roi : syncrétique. Il est à la fois celte, romain et influencé par la chrétienté. Le Graal a donc plusieurs identités dans Kaamelott, comme le roi Arthur, car, tous deux sont des mythes transposés dans un univers où se mêle magie, Histoire, et quotidien.

            Le Graal a donc plusieurs identités, il a aussi plusieurs formes supposées.



[2]Ibid

[3]Xavier Lefebvre (real.), Babylone, « En quête du Roi Arthur », Phare Ouest [Issy Les Moulineaux]-cop 2007, Diffusé le mardi 28 août 2007. 

[4]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre III, Les clous de la Sainte-Croix, M6 Vidéo, 08/11/2006

[5]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Le Monogame, Livre I,M6 Vidéo, 28/09/2005

[6]Il fait aussi probablement référence au personnage du Purgateur dans les Warhammer, jeu de guerre stratégique. Dans le Livre IV, il deviendrait paladin. Il s'agit là aussi d'une référence à l'univers des jeux de rôles et plus particulièrement à Donjon et Dragon

[7]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre II, L'absolution, M6 Vidéo, 14/06/2005

[8]Ce dialogue extrait du Livre III, Le culte secret, est d'ailleurs représentatif de la cohabitation des diverses religions :          

« La Dame du Lac : Mais vous êtes en train de prier un dieu romain, vous vous foutez de ma gueule ? Je vous                signale que vous êtes légèrement engagé dans une quête au nom du dieu unique !

Arthur : Parce que le dieu unique il est celte, peut-être ?

La Dame du Lac : Non. Ben, le dieu unique… ben, il est unique !

Arthur : Oui, voilà. Et vous, alors, avec vos cheveux oranges et votre peau blanche comme une merde de crémier, vous êtes pas celte des fois ?

La Dame du Lac : Si. À la base, si.

Arthur : À la base ? Non mais qu’est-ce que c’est exactement, vous faites mi-temps chez les uns, mi-temps chez les autres ?

La Dame du Lac : Non, non, c’est pas ça.

Arthur : C’est pas ça. (Haussant le ton) La religion, c’est le bordel, admettez-le. Alors laissez-moi prier ce que je veux tranquille, ça m’empêche pas de continuer à le chercher, votre saloperie de Graal. »

[9]Margot Lenoir, « La quête du Graal, comment l'Eglise contrôle Arthur ? », Les cahiers de Science et Vie, Le roi Arthur le mythe à l'épreuve de la science, n°117, juin-juillet 2010, p40

[10]Anne Berthelot (dir.), La légende du roi Arhtur, éditions du Chêne -Hachette Livres, 2004, p 16-19

[11]Xavier Lefebvre (real.), Babylone, « En quête du Roi Arthur », Phare Ouest [Issy Les Moulineaux]-cop 2007

[12]Une préquelle est une œuvre dont le récit précède une œuvre antérieurement crée.

[13]Christophe Chabert (real.), Entretien avec Alexandre Astier, Cinecitta, produit par Jean-Yves Robin,  Cinecitta, Juin 2008

10 mai 2016

Mémoire sur Kaamelott, Introduction (extrait)

 « C'est le Saint Graal de la divine grâce,
Ses chevaliers puisent en lui l'ardeur.
De le servir quiconque obtient la gloire,
S'élève au rang d'un être surhumain;
Par lui le juste est sûr de sa victoire.
L'effort du crime expire sous sa main,
S'il doit partir vers une autre contrée,
Pour protéger le droit et la vertu,
Son pouvoir dure et sa force est sacrée »[1]

 Kaamelott du Graal au JDR Gazette du Geek (08)Telle est la description que donne Lohengrin du Saint Graal, dans l'opéra éponyme de Wagner. Cette définition  n'est ni universelle, ni univoque, car, le Graal est un objet de quête légendaire. Dans la Littérature, la représentation du Graal diffère selon les auteurs. Par exemple, dans les récits de Chrétien de Troyes,[2] le Graal était présenté sous la forme d'un calice qui aurait contenu le sang du Christ. Chez Wauchier de Denain,[3] le Graal était dépeint comme une corne d'abondance. Le Graal n'a pas d'aspect formel défini. Ses illustrations divergent beaucoup, car les artistes, au cours des siècles, lui ont prêté plusieurs formes, et donné plusieurs symboliques. Glorifié, détourné ou parodié, le Graal n'a jamais cessé de fasciner, sûrement parce qu'il est à la fois divin, mystérieux, et transcendant. D'ailleurs, Pierre Rivière dit que : « de tout temps et en tous lieux, le « réceptacle », ou récipient spirituel semble avoir été mis à l'honneur ».[4]Le Graal est donc sujet à diverses interprétations. En donner une définition précise relève de la gageure. De surcroît, il est difficile de déterminer son étymologie et son origine mythique.

Selon Mario Roques, le mot « Graal »  viendrait du latin gradalis et désignerait : « un récipient […] (de terre ou de bois), [...] assez profond, donc assez haut de bords et à fond non convexe ». Graal était aussi employé pour dénommer un « plat ». Dans les textes anciens, Graal désignait aussi de la vaisselle de table, et particulièrement des plats de présentation des mets » (sic.)[5]. Le Graal était donc un objet domestique. Pour Jean Frappier,[6] le mot Graal serait issu du latin médiéval gradale (attesté en 1010 dans le testament d'Armengol Ier d'Urgel en Catalogne). Il serait  peut-être un dérivé de « crater », signifiant « vase », ou de « garal », désignant un « récipient ». L'objet était alors désigné par ses parasynonymes « vaissel », « veissel », « vessel » ou « escuel ».  

Quant au mythe du Graal, il serait initialement  celte. L'objet était évoqué dans la légende intitulée La Mort du Cûroi. Dans celle-ci, le Graal était apparenté au chaudron du dieu Dagda. Il était, le plus souvent, accompagné par la lance du dieu Lug. Il permettait de ressusciter les morts, et abondait perpétuellement en nourriture. Cependant, d'autres représentations existaient dans d'autres pays à la même époque (notamment en Grèce, le Cratyle de Platon fait mention d'un objet semblable).[7]La genèse du mythe est donc elle aussi obscure.

            En Littérature, le mot « Graal » apparaît pour la première fois au milieu du XIIème siècle dans le Roman d'Alexandre.[8] Il fut popularisé sous la plume Chrétien de Troyes dans Perceval ou le conte du Graal. Il y acquit une dimension aux multiples facettes, comme le souligne Danielle Quéruel : « D'abord organisée sur le modèle féodal, l'institution de la Table ronde prend sa véritable signification lorsque les chevaliers sont lancés vers la quête de valeurs spirituelles. L'aventure du Graal en est la plus belle illustration. Le but de cette quête, c'est de parvenir à une forme de perfection morale et spirituelle, de renoncer aux valeurs mondaines et d'être parmi les élus qui rejoindront Dieu lors du Jugement Dernier ».[9] 

            Les récits chevaleresques traitant de la quête du Graal furent nombreux entre le XIIe et le XVe siècle. La place, le rôle et la forme du Graal évoluèrent : « le Graal devient chez Chrétien une splendide pièce d'orfèvrerie, faite pour le service d'une table royale, dont la nature merveilleuse demeure mystérieuse. (…) Plus tard, l'ermite (...) expliquera que le Graal est une "très sainte chose", dans laquelle est servie une hostie qui maintient en vie le Roi-Pêcheur »[10] Chrétien de Troyes ne fut pas l'inventeur du motif, cependant, il fut le premier à amorcer sa christianisation. Par la suite, les quatre Continuations de ce roman inachevé (rédigées par Wauchier de Denain, Manessier et Gerbert de Montreuil entre la fin du XIIe siècle et les années 1230) transformèrent les épopées chevaleresques en quêtes mystiques, déployant le caractère sacré et chrétien du Graal. Entre le XIIe et le XIIIe siècles, le Graal, dans le roman versifié l'Estoire dou Graal, puis dans les romans en prose Joseph d'Arimathie et l'Estoire del Saint Graal fut assimilé, par leur auteur supposé Robert de Boron, au calice qui aurait recueilli le sang du Christ : « Chez Robert de Boron, le Graal émet un rayonnement divin, une lumière due à la présence mystique du Christ. Avec le mythe du Graal apparaît donc l'espoir de la rédemption et la croyance que le monde pourra être libéré du mal. La quête du Graal devient la quête de la vérité ultime, de la Connaissance, pour un monde qui va vers son achèvement. »[11]Le cycle du Graal, constitué de cinq romans : l'Histoire du Saint Graal, le Merlin en prose, le Lancelot en prose, la Quête du Saint Graal et la Mort du roi Arthur (certainement écrits dans les années 1220-1230) participa à la sacralisation du Graal. Les aventures épiques des chevaliers se métamorphosèrent alors en « catéchisme de la chevalerie »,[12]rédigé sous forme de récits mystiques et allégoriques. Le Graal devint : « une relique dotée d'un double caractère sacré puisque le Christ y a pris son dernier repas et que Joseph d'Arimathie l'utilise comme réceptacle du Précieux Sang. Il est en outre conservé dans une arche sainte dotée de propriétés merveilleuses et interdite d'accès au commun des mortels, qui n'est pas sans rappeler l'arche d'alliance conservant les Tables de la Loi données à Moise et au peuple d'Israël dans le désert».[13]

            Pour Alain Guerreau, cet engouement pour le Graal et cette multiplicité des récits s'explique par le fait que : « L'adoubement chevaleresque est un phénomène marginal qui s'étend sur deux siècles (…) l'époque des romans de chevalerie et des romans courtois. Mais la chevalerie fut avant tout une manière pour l'aristocratie de tenter de se hausser au niveau de spiritualité des clercs. Ce n'est pas un hasard si le Graal a tenu une place considérable dans l'idéologie aristocratique des XIII, XIV et XV siècles : sa quête est une façon de revendiquer une légitimité de type ecclésial -la seule possible- par la possession et la garde du sang du Christ. Mais cela n'a jamais fonctionné que dans l'esprit des aristocrates ».[14]

            Après le succès rencontré au Moyen-Âge, il fut notamment évoqué dans le Quart Livre (attribué à Rabelais), au chapitre XLII et XLIII. La littérature chevaleresque se diversifia alors. Elle connut un large succès. Les légendes arthuriennes, contrairement aux autres récits plus populaires, étaient lues par un public cultivé et nostalgique de la tradition médiévale.[15] Cependant, l'effervescence ne dura pas. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les réécritures se raréfièrent.[16]

            La quête du Graal, en tant que motif littéraire, passionna de nouveau le public du XIXe siècle, notamment sous la plume de George Sand, qui acheva en 1844, ses romans Consuelo, La Comtesse de Rudolstadt.[17] Le vase sacré contenait alors « le sang et les larmes du Christ ». Puis, la résurgence de la légende Arthurienne dans les poèmes de Tennyson (Idylls of the King, 1859-1891), à l'opéra (Wagner) ou encore en peinture avec les peintres préraphaëlites, contribua à alimenter le brasier culturel qui ravivait le mythe.[18]

            Dès lors, les réminiscences du Graal, au cours des XXe et XIXe siècle,  foisonnèrent dans les divers domaines artistiques. D'un support à l'autre, le mythe s'enrichit. En effet, « la matière du mythe est plus complexe et les problématiques s'amplifient ».[19] Les réalisateurs du Septième Art s'emparèrent du motif et le portèrent au grand écran, comme Les Monty Python dans Sacré Graal !, filmréalisé par Terry Jones et Terry Gilliam, en 1975. En 2008, les créateurs de la série Merlin, Julian Jones, Jake Michie Johnny Capps et Julian Murphy, transposèrent librement l'imaginaire arthurien à la télévision.  En étant adapté du papier à l'écran, le mythe fut souvent vulgarisé. En effet « Le motif a ressenti un désinvestissement du sacré vers le profane populaire ». [20] Ce renouveau s'expliquerait, selon Anne Besson, par la « plasticité du mythe ». [21]

            En effet, bien qu'il soit indéfinissable, le Graal pourrait être caractérisé par quatre schèmes.[22]D'abord, le Graal est divin. Catholique ou païen, il appartient à un monde transcendant. Ensuite, le Graal dispense la vie éternelle ou de la nourriture à profusion. Puis, le Graal est apparenté à un récipient : plat, vaisselle, calice ou chaudron. Enfin, le Graal est associé au thème de la quête.

            Ces aspects, Alexandre Astier les a pleinement intégrés à l'écriture de sa série Kaamelott (produite par CALT, en 2005) : «  J'ai compris une chose : ce qui est important n'est pas ce qu'on raconte, mais ce qu’il y a dessous. C'est l'aspect mythologique et l'aspect commun qui parle à tout le monde qui est important. Si vous allez dans une surface spécialisée, vous pouvez prendre tous les DVD qui sont dans tous les rayons et les diviser, en terme de structures, en quatre ou cinq cartons, pas plus. Tous les films racontent la même histoire, il existe plusieurs traitements derrière. En ce qui me concerne, le traitement arthurien ne m'ennuie pas ».[23] La série Kaamelott traite de la légende arthurienne, et le Graal tient une place singulière dans le scénario de cette shortcom[24] à la fois comique, tragique, ironique et dramatique.

            Kaamelott narre l'histoire d'Arthur, fils adultérin de Pendragon. [...]

             Dans cet univers mythique, teinté de fantasy,[27] le Graal et la quête du Graal occupent donc une place centrale.

            La série est un subtil mélange de parodie, de comédie et tragédie, de cynisme, d'ironie, de drame et d'épopée. Elle joue sur le retournement, le détournement des situations et des mythes. Cette recette a fait le succès de son créateur-scénariste-monteur-compositeur-réalisateur-acteur principal : Alexandre Astier.  « Aussi étonnant que cela puisse paraître, (…) [Alexandre Astier] n'est pas un sérivore enragé. Ses séries préférées se comptent sur les doigts d'une main, et elles ne sont pas forcément celles que l'on pouvait attendre. Le créateur de Kaamelott est-il addict de la série moyenâgeuse du moment Game of Thrones ? Et bien non ! L'intérêt d'Alexandre Astier se porte en priorité sur l'humain : «Je veux voir des anti-héros !» supplie-t-il. Il est davantage friand d'un jeu d'acteur excellent dans un scénario simplissime, plutôt que l'inverse : « Le but de Kaamelott c'est ça : c'est la quête du Graal et les mecs qui s'en occupent, ils sont voilà … (il fait un mouvement de main équivoque, désignant le bas) »(sic.).[28] Effectivement, les chevaliers de Kaamelott ne sont ni des légendes, ni des lumières. Ils ne comprennent pas la portée symbolique du Graal.

[...]

        


[1]« Richard Wagner », Richard Wagner dans son opéra Lohengrin (opéra) en 1850 cité par Ernest Schmitt, Monde du Graal, nº hors-série n°4, novembre 2001

[2]Chrétien de Troyes, Le conte du Graal in Œuvres complètes, édition et traduction sous la direction de Daniel Poiron, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1994, 1600 p.

[3]Bossuat, Robert, Manuel bibliographique de la littérature française du Moyen Âge, Melun, Librairie d'Argences (Bibliothèque elzévirienne. Nouvelle série. Études et documents), 1951, p. 172, nos 1849 et 1851; p. 173, nos 1862-1863; p. 174, no 1880; p. 456, no 379

[4]Pierre Rivière, Le Graal, histoire et symbole, Éditions du rocher, 1990, Monaco, p 25

[5]« Le Graal de Chrétien de Troyes » in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1954, volume 98, numéros 3, p 366-367

[6]Claude Lachet, Les métamorphoses du Graal anthologies, GF Flammarion, 2012, Paris, p15

[7]Pierre Rivière, Le Graal, histoire et symbole, Éditions du rocher, 1990, Monaco, p 26

[8]Roman d'Alexandre, ms. de Venise ds Elliott Monographs, t. 1, p. 33, 618

[9]Danielle Quéruel, « La chevalerie arthurienne », exposition « arrêt sur Arthur », BNF

[10]Danielle Quéruel, « Le Conte du Graal », exposition « arrêt sur Arthur »,

[11]Danielle Quéruel, « Le Conte du Graal », exposition « arrêt sur Arthur », BNF

[12]Bernard Felix, Autour du Graal, Librairie Droz , coll. Publications romanes et Française, 1977, Genève, p 89-129

[13]Danielle Quéruel, « Le Conte du Graal », exposition « arrêt sur Arthur », BNF

[14]Serge Tignères, Interview Alain Guerreau, « la Féodalité, terme forgé au XVIIe siècle, une pure fiction », pour Les cahiers de Science et Vie, L'âge féodal, n° 144, avril 2014, p 96

[15]Eva Kushner (dir.), L'époque de la Renaissance, tome III, Maturations et mutations (1520-1560), John Benjamins Publishing Compagny Amsterdam/Philadelphia, collection Histoire comparée de la Littérature des langues européennes, 2011, p 323

[16]Le mythe du Graal ne fut préservé dans les textes que grâce au concours de la Bibliothèque Universelle des Romans du comte de Tressan, la Bibliothèque Bleue de Troyes et de Paris, et la Nouvelle Bibliothèque d'après Eva Kushner, Ibid, p 323

[17]Michèle Hecquet, Christine Planté (dir.), Lecture de « Consuelo », « la comtesse de Rudolstadt », Presses Universitaires de Lyon, 2004, Lyon, p 344

[18]Anne Besson (dir.), Le Roi Arhtur au miroir du temps, Terre de Brume, essais, Dinan, 2007

[19]Bekhouche Alicia (dir. Toudoire-Surlapierre Frédérique), À la conquête du Graal, réécritures et avatars du mythe du Graal dans la littérature populaire et la culture de masse, Université de Haute Alsace, (thèse de littérature comparée), 9 décembre 2011, p23

[20]Ibid, p 25

[21]Anne Besson (dir.), Le Roi Arhtur au miroir du temps, Terre de Brume, essais, Dinan, 2007, p 207

[22]Marie-Hélène Boblet (dir.), Chances du roman, charmes du mythe. Versions et subversions du mythe dans la fiction francophone depuis 1950, Paris : Presses de la Sorbonne nouvelle, 2013

[23]Cédric Melon, Interview d'Alexandre Astier, SérieScope 

[24]Une shortcom est un programme court qui se situe entre le sketch et la comédie. Les épisodes durent en moyenne entre une et sept minutes. Un gars, une fille, est la première shortcom diffusée en France.

[25]Cet arc narratif est développé dans la saison 6 de Kaamelott, qui sert en fait de prequelle à la série. Une préquelle est une œuvre dont le récit précède une œuvre antérieurement crée.

[26]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre III, La Chevalerie, M6 Vidéo, 08/11/2006

[27]« Genre littéraire qui mêle, dans une atmosphère d’épopée, les mythes, les légendes et les thèmes du fantastique et du merveilleux. (Recommandation officielle : fantasie.) [On dit aussi heroic fantasy.] » d'après Larousse, Éditions Larousse, « fantasy », 2014

[28]Mathilde Saez, Entretien d'Alexandre Astier, pour télé-loisirs, Prisma Média (G+J Network),2013  

23 avril 2016

Critique de la Mélodie du Destin, Tome 2 Revanche, d'Amandine Weber

 

 

Critique La Mélodie du Destin, Tome 2 Revanche d'Amandine Weber

Résumé :

Angélique vient de perdre sa seconde famille. Son frère a épousé sa meilleure amie et ses sœurs cadettes ont elles aussi quitté la demeure familiale. La jeune fille est donc seule face à son exécrable sœur et la haine de sa mère. Elle qui reprenait goût à la vie, va s’approcher plus près que jamais de la mort… qui la sauvera cette fois-ci ?

Editions : Feu- Valentina Editions (R.I.P.)

Pages : 436

Critique du livre :

Commençons par les points négatifs : certains passages sont clairement too much ! Portés par le flot d'une écriture jeune à laquelle on accroche, soit, mais too much quand même ! Je pense que le livre n'a pas été assez retravaillé par une relecture attentive de l'éditeur, sinon, ces passages auraient pu sauter et rendre la lecture vraiment plus agréable que ce qu'elle n'est déjà.

Je m'explique : le destin d'Angélique est exceptionnel. Cependant, son ascension aurait du être plus développée sur certains points, et le passage où elle se fait enlever supprimé ou retravaillé. J'ai senti à la lecture qu'il n'y avait pas eu d'oeil connaisseur pour l'aider à gommer certains détails qui alourdissaient le récit, malgré la qualité des matériaux de base. Ce livre est comme une pierre quasi-brute posée sur une bague : magnifique, mais pas suffisament finalisé par son bijoutier qui l'a mis en vente et exposé tel quel en vitrine.

Le personnage d'Angélique est toujours aussi fort, et celui de Darcy toujours aussi inhumainement séduisant. Cependant, les deux accusent le contre-coup de d'un arc narratif mal agencé, et des situations sont parfois exagérées. L'ensemble est tout de même fort divertissant, et retranscrit avec toujours autant de justesse les émotions fortes des personnages. Au final, j'ai préféré les passages qui traitent du quotidien d'Angélique, de ses rencontres (que ce soit avec la mère de Darcy, ou avec le couturier), ses longues promenades avec son chien, aux trames scénaristiques plus ou moins héroïques et aventureuses.

Le quotidien d'une femme du XIXème siècle est reproduit de façon harmonieuse et réaliste, tout comme la relation qu'entretient Angélique et son dogue de Bordeaux. Le lien entre Angélique et Darcy devient plus mature, du fait que les personnages aient vieillis tous deux. J'ai apprécié que le livre ne se conclut pas sur une banale happy end "ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Au contraire, leur relation est mise à mal après leur mariage, et cette épreuve était l'apanage des couples de l'époque. Je trouve que c'est un vrai tour de force d'avoir poursuivi l'intrigue au-delà des fins habituelles. Vous me direz qu'il en est déjà de même dans Autant en emporte le vent. Je vous répondrais que le livre se termine sur la séparation des deux personnages principaux, qui se sont aimés en décalage. Dans le livre d'Amandine Weber, les personnages s'aiment et s'attirent du début à la fin, mais ils doivent outrepasser maintes difficultés avant d'être heureux ensemble.

J'ai aussi trouvé que l'écriture avait beaucoup évolué entre les deux tomes : celle-ci nous dévoile quelques envolées lyriques fort appréciables, même si, elle en fait parfois trop.

Je trouve, après la lecture de Mon Boss et moi et Le choix du Roy (que je suis en train de lire), que la Mélodie du Destin est assez fade comparé aux deux autres. Il n'est pas mauvais, loin de là, c'est même un très bon premier roman, mais c'est tout simplement le moins bon des trois. Selon moi, c'était une belle première production avec des qualités et des défauts inhérents à une première publication. Le style est déjà bien présent, et addictif, mais il n'est qu'un brouillon de ce qui deviendra une excellente écriture, à n'en point douter.

Critique de la couverture et de la mise en forme :

Bon, par où commencer étant donné que je n'ai rien de plus à repprocher à ce tome, que ce j'avais déjà repproché au précédent : à savoir un laisser-aller assez consternant de la part de la maison d'Edition.

Ah si. Je tenais à signaler aux auteurs de cette feu-édition qu'elle passait par un site d'impression en ligne : Lulu.com. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce site internet, il s'agit d'un site de prestation de services. Il vous propose des services d'impression à moindres coûts qu'un prestataire de service type "édition Baudelaire" ou "Persée". Pour faire simple, lorsque vous voulez vous faire publier, vous avez plusieurs options : vous faire éditer par un éditeur classique (du point de vue juridique, on dit que vous êtes "édité-e à compte d'éditeur", vous lui léguer vos droits, il vous rémunère), passer par un prestataire de service (du point de vue juridique, on dit que vous êtes "édité-e à compte d'auteur", le prestataire s'occupe de votre bébé moyennant vos finances, comme le fond des "maisons d'édition collaboratives"), ou alors vous auto-éditer (soit vous prenez tout en charge vous-même pour les éditions papiers et numérique, soit, vous vous faites publier sur une plateforme comme votre blog).

Quand vous choisissez l'auto-édition, vous passez généralement par un prestataire de service pour faire imprimer votre livre. Le prix sera déterminé en fonction du format, du contenu, de la couverture, etc. Ce type de prestations est proposé, justement, par Lulu.com, l'un des plus concurrentiel du marché.  Les prestations de Lulu.com ne sont pas du tout catastrophiques du point de vue de la qualité d'impression : il n'y a qu'à voir la qualité de la couverture pour s'en rendre compte. La mienne a un rendu déguelasse, mais celles des Editions Valentina conservaient leurs qualités graphiques.

Connaissant le prix des prestations de Lulu.com pour m'y être intéressée et avoir eu des livres imprimés par leurs soins plusieurs fois entre les mains, je sais donc à quel point les Editions Valentina sous-rémunéraient leurs auteurs. Les Editions Valentina étaient une petite association, qui n'avaient pas de grands moyens, certes. Et ça, c'est moche, car cela veut dire que le prix de vente des bouquins était principalement reversé à la promotion (limitée puisque Valentina ne possédait pas assez de livres sur son catalogue pour prétendre à une grosse promo), et à la maison d'édition elle-même. Au détriment des auteurs. C'est d'autant plus regrettable qu'aucun travail de correction n'avait été proposé aux auteurs, qui se débrouillaient donc avec leurs petites mains.

Je ne pense pas que ce soit idéal de travailler dans ces conditions : sous-payé, sans avis extérieur sur ce que l'on fait. Je crois que les bonnes maisons d'édition n'ont pas vocation à traiter leurs auteurs comme des stagiaires de troisième relégués au labeur de la photocopieuse. Je salue d'autant plus l'écriture de l'auteur qui a donc réussi à produire malgré tout un récit cohérent et structuré.

Par ailleurs, même si ces pratiques sont critiquables dans le milieu, la disparition d'une maison d'édition ne m'enchante jamais. RIP, donc.

 

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