Interview d Inma Abbet tsilla s univers (02)

Inma Abbet a été licenciée de Lettres Modernes. Elle a étudié à l'Université de Strasbourg II. D'abord enseignante, puis traductrice, elle s'est lancée dans les arts plastiques vers l'âge de trente ans, sans toutefois abandonner sa passion des livres. 

Auto portrait, 2007

1) A quel âge avez-vous commencé vos activités?


Je dessine depuis que je sais tenir un crayon en main, ce qui a dû arriver vers l’âge de deux ans. Plus sérieusement, j’ai pratiqué le dessin et la peinture pendant longtemps, comme une chose naturelle, sans penser en faire un métier. J’accrochais mes dessins chez moi ou les offrais à des amis. Plus tard, lorsque j’habitais déjà en Suisse, à l’âge de trente ans environ, j’ai eu la chance de croiser des personnes qui m’ont fait confiance pour exposer mes dessins et tableaux. Puis, j’ai réalisé quelques illustrations, dans un cadre professionnel. Une deuxième exposition s’en est suivie il y a un mois, en France, et une troisième aura lieu en décembre prochain, de nouveau en Suisse. Cependant, ce n’est que tout récemment que j’ai décidé de m’accrocher à ce train, de continuer à ce rythme. J’ai une formation littéraire, avec une licence de lettres modernes : je me suis orientée d’abord vers l’enseignement, puis vers la traduction, que je pratique encore. À présent, j’écris beaucoup, et je continue de tenir un blog dédié à mes lectures. J’essaie de suivre ainsi ma vocation double, la peinture et l’écriture.


Portrait à la tresse

2) Comment concilier passion et vie privée?


Pour qu’il y ait la souplesse nécessaire, il faut beaucoup de liberté et d’indépendance au sein du couple et de la famille. Il s’agit, non seulement de la fameuse « chambre à soi », mais aussi d’un temps qui n’appartient qu’à nous, de moments de réflexion et de solitude qu’il faut pouvoir aménager, car le temps n’est jamais gratuit. J’ai la chance infinie, pour ces questions-là, d’être très bien entourée. Mes passions sont bien accueillies.


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3) Comment définiriez-vous votre style et s'est-t-il transformé au fil du temps?


J’aime les lieux mystérieux, les lumières incertaines, les heures bleues… J’ai voulu refléter cela à plusieurs reprises. Ensuite, je me suis intéressée aux lignes droites, aux figures géométriques que l’on peut dégager de certains paysages des Alpes, une sorte de grandeur glacée dont j’ai essayé de garder la trace en utilisant un style qui m’est propre, qui ressemble par certains côtés au cubisme, mais en intégrant des éléments figuratifs. J’admire toujours la finesse du dessin classique, qui exige une discipline particulière, et j’aime aussi les couleurs contrastées, le fait qu’une seule nuance, ou un ensemble de nuances, puisse attirer et concentrer le regard du spectateur sur la toile ou le papier, en particulier dans les compositions abstraites.


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4) Sur quels supports et avec quels outils aimez-vous travailler et quelle est votre technique de prédilection?


Le papier et l’eau sont les bases pour moi. Ce sont les deux éléments qui m’inspirent le plus, parce que la nature du papier, sa composition et sa texture, peuvent avoir une grande influence, parfois inattendue, sur l’aspect final d’une œuvre, sur la façon dont les pigments sont absorbés… Sans oublier que l’œuvre sur papier n’est jamais achevée, car le support reste fragile, se modifiant inévitablement avec le temps. Ces changements peuvent affecter les couleurs, les rendre plus pâles ou plus ternes. L’eau est tout aussi importante, pour diluer les pigments. J’utilise principalement des crayons aquarellables, mais également de la peinture acrylique, du pastel, de l’encre et de la gouache. Il m’arrive de mélanger tout cela dans un unique dessin pour créer certains effets.

Les paillons, crayon sur papier, 2017

5) Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’élaboration de vos œuvres ?


Je dispose d’un espace suffisant pour peindre, et d’un bureau où je peux travailler et écrire… Mais je finis par utiliser la table de mon salon comme table de dessin, parce que la lumière y est meilleure, et je suis en compagnie de mes deux lapins, avec le désordre conséquent, car l’espace de travail d’un artiste est rarement bien rangé. Dans une phase ultérieure, il y a aussi d’autres problèmes pratiques, comme la gestion du temps et des œuvres exposées. Préparer une exposition, envoyer des tableaux, s’assurer qu’ils arrivent à destination, prendre en charge les différents frais, faire connaître un évènement, vendre des œuvres… On se retrouve vite à jouer plusieurs rôles pour lesquels on n’a pas forcément l’expérience nécessaire, et on apprend sur le tas, à partir des petits échecs, à prévoir des difficultés majeures.


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6) Quelles ont été et quelles sont vos sources d'inspiration?


La couleur des bulles de savon ! Ce n’est pas une plaisanterie. J’ai souvent regardé avec la plus grande attention ces détails infimes : le rayon de soleil qui traverse la poussière, la bulle de savon qui, avant d’éclater, reflète les couleurs de l’arc-en-ciel, les nuages du soir qui se teintent de rose vif à l’approche de l’hiver… Ce qui rend ces expériences visuelles précieuses est la conscience de leur caractère éphémère. Les impressions sont certes fugaces, mais l’idée qu’elles continuent à briller longtemps après leur disparition me paraît très séduisante. Je dirais que ma source d’inspiration est cette trace éphémère qui, loin d’être oubliée, réapparaît de manière tenace dans le souvenir et le rêve. Cela peut être le regard d’un animal familier, ou le rire d’une personne aimée, une chanson que l’on croyait perdue, ou une promenade nocturne dans Florence ou Barcelone. Des associations de lumières, de couleurs, de parfums…

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7) Quels sont vos projets ?

Dans le domaine artistique, je réalise depuis quelque temps des collages dans lesquels j’insère des poèmes. C’est ma façon personnelle de faire appel à plusieurs sens, de combiner la peinture et l’écriture. Aussi, J’ai également dessiné des motifs destinés à être imprimés sur des tissus et dessiné des vêtements et des modèles de lingerie. Je suis en train de développer certains d’entre eux.


8) Quel est votre livre de chevet ?
J’hésiterais entre De l’amour de Stendhal et les Fictions de Borges.


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9) Quels artistes vous touchent le plus?

Souvent, ce sont ceux qui se sont écartés des sentiers battus, et qui ont développé un imaginaire étrange et hors du commun, à partir d’une base classique. Des maîtres du dessin qui ont mis beaucoup de poésie dans leurs traits. Paul Klee est de ceux-là, mais aussi Mervyn Peake, Andrew Wyeth, M.C. Escher… Pour des plus anciens, mes goûts sont multiples, allant de la peinture japonaise aux maîtres du Trecento, en passant par le charme des Préraphaélites, d’un Vermeer ou d’un Véronèse.

10) Selon vous, quelle est l’image de la femme en ce 21° ?

Aujourd’hui nous avons des possibilités de développement incroyables et un niveau de confort sans aucune mesure avec celui de nos aïeules. À nous de nous servir à bon escient des technologies qui nous simplifient la vie, nous permettent de nous épanouir et de profiter des forces et des atouts qui nous sont propres. Pour moi, la meilleure image de la femme, à n’importe quelle époque, est celle d’une femme forte et libre. J’ai toujours personnellement vu les différences avec les hommes comme une source de richesses, et préféré la liberté à l’égalité.

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11) Quel est votre plat préféré?

J’aime le chocolat, sous toutes ses formes et couleurs.


12) Quel est votre restaurant préféré?


Pour des raisons sentimentales : la Brasserie du Grand Chêne du Lausanne Palace.

sa page facebook : https://www.facebook.com/InmaAbbetDessinPeinture?fref=ts

son blog sur la littérature : http://inma-abbet.blogspot.fr/