Virginie Chopin est une actrice et tragédienne, elle habite actuellement dans le Languedoc Roussillon. Elle a notamment participé à l'aventure de l'Echec de la Reine, une pièce créée par Christian Hernandez, du théâtre du Greko. Portrait d'une artiste pas comme les autres.

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Je n’ai jamais ressenti le besoin de jouer des rôles. Par contre j’ai toujours eu envie de jouer, je  pense depuis que je sais marcher. Alors je dirais que je joue depuis mes 14 mois.

Mon parcours est assez classique. Je suis venue à Paris après le bac pour faire des études de biochimie, mon père ne voulant pas financer celles de théâtre car jouer la comédie n’est pas un métier. Je prends donc le chemin de la fac de sciences, Jussieu pour être précise pour devenir chercheur. En licence, je craque et passe une audition au Cours Simon et suis acceptée comme élève en janvier 1986. J’en sors en juin 1989.Les principales difficultés rencontrées quand on est comédienne sont financières. Le plaisir de jouer se rémunère très mal ….

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La vie de famille peut être houleuse, travailler un rôle prend du temps physique mais aussi du temps mental, on pense souvent ailleurs. Ca ne plait pas toujours. Toutes ces difficultés m’ont prise de court pendant 15 ans, c’est le temps qu’il m’a fallu pour divorcer, élever 4 enfants, me remarier et donc m’éloigner du théâtre car ce n’était pas le propos. Mais l’envie de jouer ne se tait pas indéfiniment et en mars 2010 j’ai crée ma propre compagnie DéZir et DéZar sur Perpignan.

Ma première vraie source d’inspiration a été l’idiot de Dostoievski. Le personnage du prince Michkine a été une formidable découverte : intelligent, sensible, doux, émotif….Rôle énorme parce que entier et tout en nuance. C’est donc vers les auteurs russes que je me suis tournée en premier lieu, lisant les romans, les adaptations théâtrales, les pièces, les nouvelles. Tchekov, Gogol, Tolstoi, Dostoievski, Pouchkine….Et puis bien sûr, le théâtre classique français avec Racine en tête mais sans oublier les autres. Et puis une femme Colette qui est peut-être le seul écrivain dont j’ai eu envie de connaître la vie, la seule dont j’ai, en plus des œuvres complètes, la biographie.

Mes sources d’inspiration n’ont pas vraiment changé. Ces auteurs sont toujours des personnes vers lesquelles je me tourne très régulièrement, j’en feuillette quelques pages ou en relis le texte complet presque chaque jour. Une belle rencontre, plus récente, Henri Bauchau, dont l’écriture me ravit à chaque livre et dont je pense monter quelque chose bientôt.

Virginie chopin tsilla s univers (03)Quitter Paris m’a permis de revenir au théâtre, les rencontres sont plus simples, le temps respire plus doucement. J’ai pu m’arrêter pour regarder et m’apercevoir que l’envie de jouer était toujours là et que je pouvais de nouveau la laisser s’exprimer. Mais c’est parce que j’ai vieilli, grandi à travers mes proches que mon jeu et ma passion du jeu sont plus simples aujourd’hui.

J’aurais aimé jouer au théâtre d’Epidaure, en Grèce quelque soit la pièce mais de préférence un classique, Sophocle, Eschyle ou Aristophane. Le lieu est extraordinaire, le son merveilleux et c’est un vrai lieu consacré au théâtre. Pour l’instant c’est un rêve mais sait-on jamais ?

Les acteurs que j’aime sont nombreux. Emma Thomson, Dominique Blanc, Ludmilla Mikael, Scarlett Johansson, Kate Winslet, Valeria Golino, Jodie Foster, Meryl Steep …Al Pacino, Clint Eastwood, Morgan Freeman, Johnny Depp, Anthony Hopkins, Jean Rochefort… et tant d’autres.

Virginie chopin tsilla s univers (04)Les pièces que j’ai jouées sont très différentes. Adaptées d’auteurs chinois comme Lu Xun ou allemands comme Stefan Zweig ou Fontane, écrites pour le bicentenaire de la Révolution française, tirées du répertoire classique comme Marivaux. Les pièces qu’on joue quand on est jeune sont celles qu’on vous propose et que vous acceptez ou pas. Une pièce c’est une équipe ce n’est pas seulement un texte. On apprécie le texte ou le metteur en scène ou les autres comédiens. C’est génial quand les trois sont réunis.

Je n’ai pas toujours concilié ma passion et ma vie de femme donc je ne sais pas comment on fait sur le long terme. Je mets toujours en veilleuse l’un ou l’autre. Je n’arrive pas à répéter 8 heures par jour en faisant le ménage, les courses, le repassage, en allant chez le coiffeur, en faisant à manger, en sortant…..Je ne concilie pas, je mets un pied devant l’autre et avance pas à pas, en gérant les priorités. Mais comme toute femme qui travaille et qui a une famille, j’ai appris à slalomer. Et aussi à être sourde ou pas là.

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Des moments d’intense bonheur, j’en ai tous les jours. On pourrait croire que je me contente de peu mais ce n’est pas le cas. J’aime profondément la vie et je crois que ça vient de là. Le rire fait partie de ces moments là.

Pour les projets il y a : Jouer la comédie, mettre en scène, transmettre ce que je sais du théâtre et former des comédiens. Continuer à avoir envie, à ne pas me soumettre, à me révolter, à ne pas me taire.

J’évite les personnes qui me sont hostiles et ne prendre en compte que celles qui m’apprécient.

Pour le futur proche, jouer Savannah Bay de Duras jeudi prochain, continuer à travailler avec Le théâtre du Gecko le rôle de la Reine dans Échec à la reine d’Andrée Chedid, mettre en répétition  » Le petit violon  » de Grumberg….

Maintenir en même temps une équipe d’enquêteurs sur Perpignan, ça c’est pour l’alimentaire  et pour garder l’intermittence.
Et puis peut-être quelques jours de vacances en famille pour aérer tout cela.

Dans l’histoire de l’humanité, beaucoup de personnages m’ont choquée plus que marquée.

Tous les hommes de pouvoir sont cruels et imbus d’eux même : des rois aux papes, des dictateurs aux intégristes….ils sont choquants. Je ne suis pas sûre qu’il y ait une personne exceptionnelle pour l’humanité qui le soit aussi dans le quotidien alors je ne sais pas qui choisir. Nelson Mandela peut-être, l’abbé Pierre et Modigliani.

La femme, cet animal étrange n’a jamais eu autant de pouvoir de décision qu’en ce 21ème siècle. Pourtant je ne suis pas sûre que ça lui convienne tant que ça. La société actuelle est très individualiste et égoiste, la femme l’est aussi. Pourtant au milieu de cette société kleenex, portable et ascenseur pour le sous-sol, des petites bulles de solidarité, d’échanges, de dépannage, souvent à l’initiative de femmes se développent. Alors …

Mais ce qui est bien c’est le mélange, il faut donc des couleurs, des âges, et des sexes différents pour que ce soit vivant.

Restons sérieux, continuons à jouer.